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Grande interview du Président des opérateurs économiques qui accuse l’Etat guinéen de décourager les investisseurs par l’insécurité de leurs biens

INTERVIEWS  /  27 Jul 2016

Dans cette interview réalisée par www.conakrytime.com , le président du GOHA (Groupe organisé des hommes d’affaires), Chérif Abdallah, exprime sa frustration contre l’Etat guinéen qui, selon lui, n’aime pas, ne protège pas et ne respecte pas les opérateurs économiques de notre pays.

Conakrytime.com : Bonjour Monsieur Chérif ! Vous êtes le Président du GOHA, parlez-nous de votre organisation

Chérif Abdallah : Le GOHA est une organisation de protection et de promotion des droits des opérateurs économiques en Guinée et de l’extérieur de la Guinée et a été créée ici précisément à Madina le 13 septembre 2003. Dieu merci, nous sommes installés partout en Guinée et dans tous les continents.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez

Nous rencontrons beaucoup de difficultés, en Guinée surtout. Des difficultés qui sont liées à l’insécurité et les problèmes de taxes et impôts. L’arrivée de la maladie à virus Ebola avait nettement freiné nos activités. Et de surcroit, les opérateurs économiques ne sont pas respectés. A chaque manifestation politique, on s’attaque à nous. Donc les difficultés sont énormes.

Comment voyez-vous l'impasse politique de notre pays qui a beaucoup porté préjudice aux commerçants avec d'énormes dégâts matériels à Conakry et à l'intérieur du pays ?

A chaque manifestation, on attaque les opérateurs économiques. On ne nous respecte pas. Pourtant, nous contribuons bien à l’économie guinéenne par les taxes que nous payons. Dés que vous touchez les biens d’un commerçant qui qu’il soit, vous touchez toute une chaine et à tous les investisseurs. Tout ce que nous vendons ici est importé. Actuellement, si vous dites à un investisseur de venir en Guinée pour investir, il ne va pas accepter parce que, ce n’est pas sécurisé. Nos biens ne sont pas sécurisés.

A combien s'élève le montant estimé des pillages des boutiques et magasins en Guinée.

Nous avons 219 milliards de Francs guinéens de pertes dont 1.568 opérateurs économiques victimes et le cas de Mali-Yembérin ne fait pas parti.

Ce bilan inclut-il la destruction des boutiques de pièces des commerçants malinkés de la Casse ?

Là, c’est tout le monde qui est concerné. C’est sans exception.

Où en sommes-nous donc avec le dédommagement de l'Etat prévu par les accords entre pouvoir et opposition le 4 aout 2013 ?

Rien n’a été fait depuis que nous les avions perdus. L’Etat nous a rien dit par rapport à ça et il est calme comme si rien ne nous est arrivé. On ne sait pas s’il poursuit le dossier ou pas.

Le pouvoir pense que vous êtes pour la plupart partisans de l'opposition. A votre avis pourquoi on vous accuse d'être politiciens ?

Cela nous lance au pôle nord, qu’on nous qualifie des opposants ou des militants. Nous sommes des citoyens. Si je veux être candidat, qui va m’empêcher d’en être un, en tant que bon citoyen ? C’est seulement en Guinée que nous pouvons voir ce genre de démagogie. Regardez aux Etats-Unis, le candidat Trump est un homme d’affaire. Même au Benin à coté de chez nous, l’actuel Président est un homme d’affaire. C’est ça la démagogie du Guinéen. Nous, on s’en fou.

La plupart des opérateurs économiques guinéens sont peulhs, soutiennent et financent même le chef de file de l'opposition et président de l'UFDG Elhadj Cellou Dalein Diallo au vu et au su de tous.

S’ils le financent, c’est leur argent qu’ils dépensent. Moi je peux sortir l’argent de ma poche pour soutenir Alpha ou Cellou Dalein, qui va m’en empêcher ? Personne ! Évitons ça, s’il vous plait. Moi, Cherif Abdallah, je les encourage à financer n’importe qui.

L'opposition annonce une autre manifestation le 4 aout prochain. Que craignez-vous au Marché de Madia ?

Nous, on a pas peur de ça, parce que déjà on est habitué. Nous demandons aux manifestants de ne pas toucher à nos biens. Ils n’ont qu’à manifester. C’est leur droit, mais il ne faut pas que nous soyons toujours cibles et victimes.

Que demandez-vous aux forces de sécurité et à l'Etat pour éviter de nouveaux dégâts matériels.

C’est de nous sécuriser et de sécuriser nos biens et marchandises parce que jusqu’à présent, nous n’avons pas été indemnisés des pertes que nous avions précédemment enregistrées. Seulement ça.

Le marché de Madina est trop sale, pourquoi ?

Les commerçants résident dans la boue. C’est comme si on ne sait pas que ce Madina qui est le poumon de l’économie guinéenne. C’est à dire que l’Etat s’en fiche de nous. On a fait des courriers à tous les ministères en charge de cette salubrité. Mais, on n’est pas considéré. Les commerçants paient de l’argent pour cette question, mais rien n’est encore fait. Il n’y a pas de routes ni de Lampadaires et le marché n’est pas propre. Nous, nous avons l’habitude de faire ça, mais l’Etat sabote. Ils m’ont même accusé avoir envie d’être Gouverneur de la ville de Conakry. Tout cela à cause de cette insalubrité. L’Etat ne nettoie pas et ne nous laisse pas nettoyer.

Qu'est-ce qu'il faut pour que ce marché soit propre ?

Il faut que l’Etat nous vienne en aide. Car s’il vient, nous allons nous motiver nous aussi. On a vu ici des ambassadeurs et directeurs des Banques venir balayer avec nous. Tout cela peut motiver les commerçants à rendre ce marché propre. Mais l’Etat est vraiment absent. Nous sommes prêts financièrement, mais il faut que l’Etat nous accompagne dans ce sens. C’est lui le plus fort.

La hausse des prix en Guinée est devenu un véritable casse-tête. Pourquoi en Guinée chaque commerçant fixe le prix qu'il veut à la marchandise qu'il importe ?

Partout dans le monde, ce sont les commerçants qui fixent le prix de leurs marchandises ou bien vous avez vu le contraire ? Leurs marchandises les appartiennent. Si vous entendez que c’est le gouvernement qui fixe, ce n’est pas vrai. Si l’un revend à 10.000FG et que l’autre revende à 9000FG, vous ne devez pas vous attaquer à celui qui a revendu plus cher parce que c’est sa marchandise. Si les prix sont chairs, demander à la Douane. Pourquoi après Ebola, les prix sont à la hausse ? Tout dépend de là. Ce n’est pas aux commerçants.

Les commerçants de la "Guinée-musulmane" ont la très mauvaise habitude de hausser les prix des denrées alimentaires pendant le mois béni de ramadan pendant que même les pays occidentaux non musulmans font jusqu'à plus de -50% de réduction pour les Musulmans étrangers qui y vivent. Comment expliquez-vous cela ?

Les commerçants ne rendent pas la vie difficile aux citoyens. Celui qui le dit aura menti. Et pendant ce mois saint, nous avons fait une déclaration pour dire aux commerçants de diminuer les prix et cela avait porté fruit parce qu’aucune hausse n’a été constatée. Si elle est constatée, vous poserez la question à la Douane. Moi je suis consommateur et je le sais bien. Donc on n’a pas le choix.

Où en sommes-nous avec la crise de leadership de votre organisation ?

Quel leadership ? Pour le moment, c’est moi qui suis le Président de cette organisation.

Le dernier vote s'est passé comment ?

Bon, il y avait eu des sélections à Faranah, parce qu’un rapport avait témoigné que tout est faux, ce n’était pas une élection, mais plutôt une sélection. Un monsieur était en contact déjà avec beaucoup de commerçants de Faranah. A Matoto, il y’avait une seule Urne. Même avec un jeu d’enfants, on ne fait pas ça. Vous remplissez les Urnes comme ça, ce n’est pas comme ça. Un tordu ne pourra pas diriger les opérateurs économiques parce que nous savons qui est qui.

A quand le prochain vote ?

Ça, ce n’est pas encore prévu.

Quel est votre bilan à la tête du GOHA ?

Mais, on ne peut pas citer tout ça. Nous, nous figurons dans les archives déjà et nous avons réussi à poser de bons jalons. Même les événements de janvier et février, nous étions intervenus en passant par ces massacres du 28 septembre 2009. Il y’avait la radio Sabari qui a été pillée. Nous avons tous ces dossiers-là ici et chaque fois nous faisons des déclarations les concernant.

Lorsqu’Ebola était là, nous avions envoyé des kits dans les marchés. C’est pourquoi, il n’y avait pas eu de cas de suspect. Il y’a tant d’autres. Ça ne fini pas.

Pour terminer notre entretien, avez-vous d'autres messages sur d'autres sujets dont on n’a pas parlé ?

Je demande à l’Etat de protéger les opérateurs économiques et surtout leurs biens. Nous, notre devoir c’est de faire en sorte que les taxes soient payées pour que l’Etat fasse un bon rendement. Je demande encore à la classe politique d’inclure les dossiers des commerçants victimes de pillages dans leurs différentes négociations.

Interview réalisée par Alpha Issiaga Bah

Tél : +224 620 031 040