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INTERVIEW DE MIC PARAYA: "C'EST LA PAUVRETÉ QUI OBLIGE LES ARTISTES À FLATTER LES RICHES POUR SURVIVRE"

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Dans cette interview qu'il a accordée à Conakrytime.com, Mic Paraya déplore que les artistes guinéens d'hier et d'aujourd'hui soient assez pauvres et misérables pour être obligés de flatter les riches pour se nourrir et nourrir leurs familles. Tout en annonçant son tout nouveau disc qui sortira avant la fin de l’année 2016, il promet de former beaucoup de jeunes artistes guinéens avant qu’il ne soit trop tard.

Conakrytime.com : Bonsoir Monsieur Baldé ! Présentez-vous à nos lecteurs.

Mouctar Paraya Baldé : Je m’appelle Mouctar Paraya Baldé. Je suis né et j’ai grandi à Labé où j’ai fait mes études primaires et secondaires avant de transiter à Kindia. C’est là que j’ai obtenu mon baccalauréat pour être orienté à la faculté des médecines vétérinaires de Mamou.

Après Mamou, puis Kindia, j’ai pris la tangente pour le Sénégal où nous avons formé un groupe qu’on a dénommé le « Ramdane » C’était avec John Balago Seck. C’est après tout que suis revenu aussi à Labé pour former mon propre groupe dénommé « Fouta mélodie ».

Pourquoi donc ce autre nom « Mic Paraya » ?

Vous savez à mon enfance, tout le monde m’appelait ‘’Mouc’’. Au lieu de dire Mouctar, ils m’appelaient comme ça. Cela a coïncidé à l’arrivée de « Mike Diaida » sur la scène internationale. Donc c’est à partir de là que les amis ont commencé à m’appeler « Mic ».

Vous savez en Français on prononce « Mic » et si c’est en anglais on dit « Maïc ». Donc c’est comme ça que le nom est venu.

C’est lui aussi qui vous a inspiré ?

Moi je m’inspire de la société et de la nature pour pouvoir chanter. Nous les artistes au général, on s’inspire de la réalité, à partir de ce qui se passe dans les différentes sociétés. Notre inspiration vient de chez nous et à travers le monde.

Ayant déjà fait des brillantes études universitaires, comment êtes-vous devenus artiste

Je fais la musique traditionnelle parce qu’avant on avait point ces sons et les rythmes là qui pouvaient réellement faire amuser les gens. Donc, j’étais obligé de trouver un rythme pour pouvoir faire ainsi.

Avant il n’y avait que la musique étrangère qui cartonnait. Et pour qu’on soit très bien écouté, il faut la musique pastorale pour amuser bien dans les boites de nuit. C’est comme ça que j’ai réussi à fonder cette musique dénommée « AWA ». C’est ce que nous appelons aujourd’hui « PODHA ». C’est moi donc qui suis l’initiateur de ça et je l’aime beaucoup.

Moi, ma musique je la fais vraiment par amour et par conviction. J’ai fait d’elle mon métier et grâce à elle, je me satisfais, je nourris ma famille et les démunis.

Et pourquoi vous ne jouez votre musique qu’au piano ?

Ecoutez ! Ce n’est pas parce que je ne joue pas dans les orchestres, j’ai déjà joué dans de grands groupes. Vous imaginez le « Ramdane » de John Balago Cheik du Sénégal, le «Super Kolima » de Labé. C’est ne sont pas des petits groupes, l’orchestre aussi de Mamou le « Bafing ». J’ai joué dans tous ses groupes-là Issiaga. J’ai effectué d’énormes concurrences avec tant d’orchestres de Guinée. J’ai réussi à connaitre tous les instruments car je jouais avec la guitare solo et surtout le Piano et je connais très bien la batterie et le Balafon qui est de la Haute Guinée. C’est pour vous dire que, quand tu connais ton travail, tu vas toujours être heureux.

On raconte que c’est vous qui avez formé Thierno Mamadou.

Thermo Mamadou est un jeune très courageux que j’ai réussi à découvrir dans les villages non loin de Labé. Je parle de Kankalabé, de Mombeya et de Galy. J’ai trouvé en Thierno Mamadou un grand artiste et c’était seulement lui qui était capable d’imiter mes chansons. Et cela n’est pas à la portée de tout le monde. Et lui il a toujours réussi à chanter mes chansons sans aucune difficulté. Je me suis dis que ce dernier pourra vraiment prendre ma relève. C’est pourquoi j’ai préféré le former. Et le voilà aujourd’hui.

Il faut que les anciens que nous sommes approchent les jeunes capables pour leur apprendre la musique afin que nos secrets durent encore longtemps. Moi je prie Dieu de me donner la chance de former encore des jeunes pour qu’ils gardent en fin ce que nos parents ont laissé.

Aujourd’hui beaucoup d’instruments traditionnels ont disparu parce que les anciens n’ont pas accepté de prendre les jeunes et les former. C’est ce que nous dévons éviter.

Avez-vous de bonnes relations avec les autres artistes guinéens et d’ailleurs ?

Il y’a de bonnes relations entre les autres artistes et moi.

Du coté du Sénégal, j’ai eu la chance de rencontrer de grands artistes. Je vous ai signalé ça au début. Vous avez connu Africando… j’ai travaillé avec tous ces gens là et je les ai accompagné. J’ai fait la connaissance de plusieurs musiciens Sénégalais.

Mais en Guinée ici, ils sont tous presque partis. C’est sont eux qui connaissaient réellement la vraie musique. Et aujourd’hui, peu de musiciens connaissent la musique proprement dite.

Ceux d’aujourd’hui aiment l’argent facile. Chose que moi je déplore. La musique, c’est le travail, dés que tu l’abandonnes, elle t’abandonne. Il ne faut pas l’abandonner, il faut être toujours avec elle.

Aviez- vous de bonnes relations avec Feu Sékouba Fataco ?

Sékou Ba Fataco a été l’un des meilleurs artistes guinéens. Il a réussi et a eu beaucoup de succès à Labé, mais qui n’avait pas de moyens au début. Quand il venait à Labé, j’ai trouvé que c’est monsieur est talentueux. Je lui donc passé mes instruments parce que moi j’ai eu mes instruments en direct de Paris.

Fataco utilisait un poste radio et je le voyais devenir grand au tour du Palais de Kolima à Labé. Mais on n’entendait pas ce qu’il chantait parce que la voix était très basse. Raison pour laquelle je lui ai passé mes instruments. C’est comme ça il a travaillé jusqu’au moment où on l’a sollicité à Conakry. On a toujours tissé de bonnes relations. L’homme doit être gentil et l’égoïsme ne paye pas.

Et son fils Habib Fataco ?

Habib est bien. S’il continue à être bien encadré, Il aura plus de force que son père. Ecoutez sa voix ! Je peux vous le jurer. Mais c’est ce qu’on a toujours souhaité. On a toujours souhaité que l’enfant réussisse mieux que son père. Habib va réussir s’il est bien encadré.

Qu’est ce que ça vous dit de constater aujourd’hui que les chansons des nouveaux artistes sont prédominées par des répétitions panégyriques au cours de leurs musiques qu’ils faites ?

Cela est dit à la pauvreté. Les artistes sont tenus obligés de flatter les personnes de classe pour être bien nourris. Quelqu’un qui n’a pas les moyens, il est obligé de flatter pour pouvoir survivre. C est la pauvreté qui oblige les artistes à flatter les riches pour survivre. Sinon un chanteur ne devrait pas faire ça. Pourquoi ? Parce qu’il a un boulot digne qui peut lui rapporter de l’argent. Si tu travailles bien les gens vont forcement venir vers toi. Si vous voyez tout ça, c’est parce que nous ne sommes pas soutenus. Nous ne recevons aucune assistance gouvernementale.

Il n’y a pas de producteurs qui nous viennent en aide. Ils te financent jusqu'à ce qu’ils récupèrent leur argent et gagner des millions sur tes œuvres. C’est ça ! C’est l’une des plus grandes difficultés qu’on rencontre.

Quelles sont vos ambitions pour la culture pastorale guinéenne ?

Mon rêve est d’aider la jeunesse qui aime chanter. La jeunesse qui tente de dévier ce qu’on a connu comme art dans ce pays. Dans ce pays, on emprunte. Ce n’est pas bon. Il faut savoir que beaucoup de pays se sont inspirés de la Guinée du point de vue mélodie et rythme. Si aujourd’hui, je vois les guinéens emprunter, ça me fait mal. Mais un petit travail peut donner du bien à cette culture. Donc moi mon rêve, c’est de trouver des jeunes amateurs de la musique guinéenne en générale. L’Afrique traditionnelle, par exemple, que nous avons connue, toutes les ethnies guinéennes l’utilisent. Pourquoi maintenant accepter que cette culture disparaisse. Nous avons pleins d’instruments chez nous qu’on peut valoriser. Moi je me disais que les blancs se sont inspirés de notre violon pour faire le sien. Nos instruments sont aussi capables de faire mieux.

Quel est le meilleur titre de vos albums « BAH MO BAH peut être » ?

Oui cet album-là a beaucoup cartonné. J’ai fait quand même d’autres morceaux qui ont bien cartonnés. Au début, c’était le slow.

Lorsque que j’ai fait le morceau « youmma » en 1988, toi tu n’étais pas encore né. Après ça, j’ai sortis de très bonnes chansons extraordinaires. A chaque fois que je chante ces morceaux, les gens dansent et admirent. C’est pour vous dire que la musique ne meurt pas si elle est bien travaillée. Elle est comme une route bien bitumée.

Vous avez vu le morceau « Gambiwol ». Cela avait bien attiré l’attention de tout le monde.

Alors M. Mouctar, nous sommes au terme de notre interview. Quel message avez-vous dire à vos fans ?

Je dis à tous mes fans que je vais bientôt sortir mon nouvel album de 2016 qui est composé de 11 titres. Un album inédit que vous n’avez jamais vu. Moi Mouctar, je suis apprécié par tout le monde. Les jeunes et les vieux m’apprécient bien. Et c’est une fierté pour moi.

Interview réalisée par Alpha Issiaga Bah pour Conakrytime.com

Tél : 620 03 10 40