conakrytime

ABDOULAYE KEÏTA: «C'EST SEULEMENT LES GUINÉENS QUI ÉCOUTENT QUOTIDIENNEMENT LA MUSIQUE ÉTRANGÈRE»

LES PLUS POPULAIRES  /  22 Jul 2016

Dans cette interview qu'il a accordée à Conakrytime.com , Abdoulaye Keïta annonce qu'il envisage arrêter de chanter pour se consacrer à sa religion musulmane comme ont toujours voulu ses parents.

Conakrytime.com : Bonsoir monsieur Keita et présentez-vous svp

Ablaye Keita : D’abord, je salue tous les lecteurs de Conakrytime.com. Je suis Ablaye Keita, né en 1962 à Hamdallaye dans la Sous-Préfecture de Fataco, Préfecture de Tougué. J’ai commencé à pratiquer la musique depuis 1983.

Conakrytime.com : Quel genre de musique pratiquez-vous ?

Moi je fais une musique traditionnelle, un peu moderne.

Conakrytime.com : Quelles sont les difficultés que vous avez racontées ?

Ablaye Keita : Tout travail est confronté à des difficultés énormes. Si l’homme ne rencontre pas de difficultés dans tout ce qu’il fait, il n’y aura pas de courage ni de détermination encore moins de goût et de l’amour de ce qu’on a envie de faire.

Moi, personnellement, ma première difficulté a été de n’avoir pas été à l’école française. D’ailleurs c’est ce qui empêche la plupart des artistes guinéens d’évoluer bien. Donc c’est un problème qui nous fatigue tous.

Le second est lié à la production. A ce niveau, on tire le taureau par les cornes pour la raison suivante : On ne reçoit aucune assistance gouvernementale, ni du BGDA. Ton producteur te soutien juste après ta dédicace. Après ça, on t’abandonne.

Troisièmement, c’est le piratage des disques. Tu peux passer tout ton temps à fournir d’énergie pour la sortie d’un album. Il y’a beaucoup de commerçants qui n’ont comme travail que de pirater toutes les cassettes que nous produisons. Ce phénomène est connu de tous.

Conakrytime.com : Quelle relation avez-vous eu avec le célèbre Sekouba Fatako, paix à son âme ?

Ablaye Keita : J’avais une forte relation avec feu Sekouba Fataco. On s’est connu avant qu’on commence à chanter. On se rencontrait dans des boites de nuit aux villages et on effectuait des voyages ensemble. Au moment où il a chanté la chanson intitulée ’’saa yaata yeeto’’ on était ensemble ici à Conakry. Je m’entendais très bien avec Fataco. C’est grâce à lui que suis installé ici à Conakry.

Conakrytime.com : Quelle relation avez-vous aujourd’hui avec son fils Habib Fatako ?

Ablaye Keita : Son fils aussi, on s’entend très bien. Et je l’ai même soutenu à ses débuts pour montrer que je suis reconnaissant parce que son papa a beaucoup fait pour moi.

Conakrytime.com : Avez-vous hérité cette musique ?

Ablaye Keita : Moi, je fais ma musique par amour. J’ai commencé à l’aimer à bas âge. Et quand j’étais très jeune, je tentais d’imiter les grands artistes d’origine sénégalaise et congolaise. Donc je ne suis pas né dans une famille griotte. C’est comme ça que je me suis jeté dans cette belle aventure qui, aujourd’hui, a fait de moi un grand quelqu’un qui est connu un peu partout.

Mais puisque ma religion musulmane ne veut pas de la musique, je ne compte pas continuer assez longtemps pour ne pas violer les principes islamiques de ma famille parce que depuis que j’ai commencé à chanter, tous mes parents sont opposés et ne veulent pas que je chante.

Conakrytime.com : Si votre religion et vos parents détestent la musique à ce point, d’où est donc venu cette idée et surtout grande ambition de chanter ?

Ablaye Keita : J’avais vraiment envie de dénoncer ce qui ne va pas dans notre société et fallait que je le fasse. Tout en appréciant ce qui va bien dans la société.

Nous, nous servons de la société pour chanter. C’est à travers les hommes qu’on chante. C’set aussi simple que ça.

Mais il ne faut pas chanter pour chanter car il ne suffit pas de dire des paroles élogieuses, mais véhiculer des bons messages qui vont aider et intéresser le public.

Conakrytime.com : Avez-vous des albums à produire dans un futur proche ?

Oui, mais j’ai peur du piratage. Nous avions fait des plaintes contre X pour ça, mais jusqu'à présent il n’y a pas eu de suite favorable. C’est ce qui empêche la sortie.

Conakrytime.com : Quelle relation existe-t-il entre vous et les autres chanteurs de Guinée, d’Afrique et d’ailleurs?

Ablaye Keita : Nous les artistes, on s’entend très bien. Nous avons des associations et des rencontres à tout moment. J’ai fait des clips en futurig avec des artistes nationaux et internationaux. Mais les nouveaux artistes guinéens ont une erreur grossière. Nos artistes ne créent pas. Ils recomposent ce que les anciens ont déjà fait. Ce n’est pas bon. Il faut innover. Un artiste doit innover.

Conakrytime.com : Avez-vous tenté de corriger cela ?

Oui, bien sûr, mais il ne m’ont pas écouté. Ils ne font pas ce qu’on leur demande de faire et s’ils continuent dans ce sens, la musique pastorale va disparaitre.

Conakrytime.com : Quelle est la particularité de votre musique, c'est-à-dire la différence entre votre musique et celle des autres chanteurs du pays ?

Ablaye Keita : Bien ! La différence est que ce que je chante ne va pas être la même chose que les autres. D’abord, la voie et surtout le contenu de mes chansons.

Conakrytime.com : Pour vous, quel est votre meilleur album ?

Ablaye Keita : Tous mes albums me plaisent. J’aime toutes les œuvres que j’ai produites.

Conakrytime.com : Quel est votre titre préféré, ’’Concert à minuit’’ peut-être ?

Non, j’aime tous mes morceaux. Mais ceux qui me plaisent trop sont les titres suivants : ’’Sadhi mon

yo yombhé’’ dans le troisième album et ’’Anataa’’ dans le premier album.

Conakrytime.com : Pourquoi ?

Ablaye Keita : Ces deux titres sont très anciens et le contenu est très important.

Conakrytime.com : Comment trouvez-vous cette musique tradi-moderne ’’Podhaa’’ qui reprend de l’ampleur aujourd’hui ?

Ablaye Keita : Ce n’est pas d’ailleurs un véritable ’’Podhaa’’ qu’ils font ici. Cette musique doit être traditionnelle et les instruments doivent être traditionnels. Mais c’est le paradoxe ici, ils utilisent des engins modernes pour faire une musique traditionnelle.

On doit être naturelle et travailler naturellement pour la vraie pratique de cette musique. Et il ne faut pas que les artistes fréquentent bars. Ce n’est pas bon pour nous. Parce que cela va empêcher nos éventuelles préparations.

Conakrytime.com : Qu’est ce que ça vous fait de constater que la musique ivoirienne est beaucoup en avance et mieux appropriée à l’internationale ?

Ablaye Keita : Là-bas la population est très patriote et très bien unie. C’est la musique de leurs chanteurs qui est prise en considération, pas celle d’ailleurs. En Guinée, ce n’est pas le cas, c’est le contraire. Si on ne change pas, on n’ira nulle part.

Conakrytime.com : Est-ce que ce n’est pas surtout parce que les ivoiriens chantent généralement en Français, une langue internationale ?

Ablaye Keita : Non, je dis que les guinéens sont trop hospitaliers. C’est seulement les Guinéens qui écoutent quotidiennement la musique étrangère au détriment de sa propre culture.

En Guinée, on aime trop ce qui est étranger. En Côte d’Ivoire, les artistes sont soutenus et aimés par tout le monde même par le gouvernement.

Conakrytime.com : La Guinée a-t-elle la possibilité de se hisser à ce niveau ?

Non, je ne le pense pas.

Conakrytime.com : Nous sommes au terme de notre entretien. Avez-vous d’autres messages ?

Ablaye Keita : Je demande à mes fans de rester soudés. Je prépare le meilleur album de toute ma carrière.

Interview réalisée par Alpha Issiaga Bah pour Conakrytimr.com