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INTERVIEW: «IL N'Y A AUCUN ESPOIR AVEC MAMADY YOULA. LE RPG ET L'UFDG NE SONT PAS DES PARTIS POLITIQUES», RAFIOU SOW

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Le Président du PRP (Parti du Renouveau et du Progrès) Rafiou Sow dénonce l’immaturité politique des politiciens guinéens, regrette la mal-formation des cadres de l’école guinéenne, dégoute le nombre pléthorique des ministres du professeur-président Alpha Condé, déplore profondément l’incompétence et l’incapacité du Premier ministre Mamady Youla, promet de transformer la Guinée et faire d’elle un pays émergent quand il sera à Sékoutouréyah.

Conakrytime.com : Bonjour Monsieur Sow ! Comment se porte votre Parti politique ?

Rafiou Sow : Le PRP se porte très bien. C’est un parti jeune. Nous sommes très jeunes et enregistrons des adhésions jeunes. Tout le temps nous sommes sur la scène politique et nous sommes très actifs dans les médias. Dieu merci, nous contribuions à la vie politique de notre pays.

Comment votre Parti se prépare pour les prochaines échéances électorales ?

Ça se prépare très bien. Vous savez, nous avons été l’un des premiers partis, dés après la présidentielle du 11 octobre, à remettre sur le terrain des équipes même à l’intérieur du pays. Nous nous sommes tous déployé à l’intérieur du pays, même moi le président du parti. D’ailleurs mon dernier séjour à Labé était dans ce cadre là, c’est à dire préparer les communales. Donc pour cela, nous nous préparons bien.

Etes-vous pour ou contre la Présidence et la composition actuelles de la CENI ?

Ecoutez, nous ne sommes pas pour. Nous sommes pour la dissolution de cette CENI. Soit ils mettent une CENI technique ou bien ils limitent le nombre des représentants des Partis politiques au sein de la CENI. Nous devons mettre une commission de surveillance pour que les élections soient organisées par le ministère de la décentralisation. Une commission doit être là pour donner des directives. Je pense qu’il faut faire ça si nous voulons l’apaisement. Cette CENI nous a prouvé ses incapacités pendant les dernières élections.

Comment appréciez-vous le développement économique de la Guinée assise sur une mine d’or ?

Mais nous avons vu la gestion catastrophique de tous les gouvernements qui se sont succédés en Guinée. C’est vraiment catastrophique. Plus de 56 ans d’indépendance, rien ne va en Guinée. Je pense que le plus grand coup qu’on a porté à la Guinée est le sabotage de l’éducation. C’est ce qui nous conduit à toutes ces difficultés. En matière de développement, nous n’avons pas de projets qui pourront nous aider. On ne peut pas développer un pays sans les ressources humaines. Les Guinéens sont très mal formées, les sortants de l’université ont un très bas niveau qu’on ne peut pas comparer à celui des étudiants des autres pays d’Afrique ou d’ailleurs. C’est catastrophique.

Quel est le bilan du gouvernement de Mamady Youla ?

Sa gestion est catastrophique. Youla se dit technocrate mais ce n’est pas ça, il a un poste politique. Son bilan est plus que négatif.

Moi je fus le premier leader politique à le dénoncer. Deux semaines après la nomination de Mamady Youla, j’ai prévenu tout le monde que ce n’était pas l’homme qu’il faut à cette place. Il n’est ni un homme charismatique ni un leader et ne connait pas le dossier de Premier ministre. Alors il fallait le nommer directeur des mines peut-être.

Y’a-t-il un espoir avec ce premier ministre

Il n’y a pas d’espoir avec celui-ci. Je vous dis que ce n’est pas quelqu’un qui mérite ce poste de Premier ministre. Il n’y a aucun espoir avec Mamady Youla.

Quel est pour vous le bilan de 5 ans et demi du professeur-président Alpha Condé ?

Le bilan du professeur Alpha Condé est très mitigé. Certes, il a fait quelques réalisations dont le barrage hydroélectrique de Kaleta.

Et beaucoup d’Hôtels dans Conakry.

Quels hôtels ? Mais on n’a pas besoin d’hôtels actuellement. On construit des hôtels pour recevoir des touristes je pense. Je pense qu’il faut faire ça au moment venu. Ici, les gens ne viennent pas, les investisseurs ne viennent pas parce que la Guinée est toujours frappée par des crises politiques liées aux élections depuis des années.

C’est pourquoi le PRP demande la dissolution de l’assemblée pour faire des élections couplées. Comme ça, on va mettre fin à toutes les tentions politiques et en ce moment les investisseurs reviendront investir dans notre pays. Tout politicien qui soutient cette Assemblée nationale ne veut pas l’intérêt de la Guinée. C’est plutôt son propre intérêt.

Et d’ailleurs cette assemblée n’est pas représentative du peuple, elle ne marche pas et ne fonctionne pas mon cher Issiaga. Tout ce qu’on vote là-bas, ce sont des lois de finances. Elle est uniquement là pour les lois de finances pour permettre au régime de bouffer l’argent. C’est tout.

Voulez-vous dire que si vous étiez à sa place, si vous étiez président de la République, depuis 5ans et demi, vous auriez pu faire mieux ?

Mais y’a une certitude. Nous avons fait nos preuves. Aujourd’hui, moi à la place d’Alpha Condé, le gouvernement ne dépasse pas 15 ministres. Ça c’est clair et il faut réduire tout cela. On ne peut pas avoir 5.OOO directions et pouvoir économiser de l’argent. Regardez, le gouvernement d’Alpha Condé dit qu’il faut augmenter le prix du carburant pour que l’Etat mobilise de l’argent.

Mais l’Etat c’est quoi ? L’Etat doit pouvoir trouver des ressources mobilisatrices de fond. Donc voyons que ce gouvernement est incapable. Il a fait des promesses. Nous lui avons porté confiance, mais il commence à nous décevoir franchement.

Sérieusement, nous pensons qu’il doit changer parce que ce pays mérite d’être bien gouverné pour son vrai développement. Il faut aussi que l’opposition soit participative comme ce que le PRP fait. Ce pays nous appartient à tous. Quant ça expose, c’est pour tous les Guinéens et si ça marche, c’est pour tous les Guinéens également.

Quel est le programme de développement de votre Parti politique ?

Très engagé pour le développement de la Guinée, notre Parti politique PRP a très bien défini son programme de développement. Chez nous, il faut que les jeunes soient employés. Il faut également que les femmes puissent travailler normalement. Il faut qu’on ait des routes en Guinée. Il faut que l’agriculture puisse se développer pour que la Guinée avance positivement.

Il faut améliorer l’éducation. Mais dans tout ça, nous avons des priorités. Nos priorités vont donc être l’éducation, la sécurité, la justice, la santé… Même si nous ne pouvons pas faire tout à la fois, mais nous avons des bases pour que ça aille bien.

Le président Alpha Condé dit tout à la fois. Mais quelles sont les bases qu’il a mises en place ? Les gens détournent de l’argent, personne n’est condamné. Ça va servir à quoi ? Les cadres s’achètent des villas à travers l’Europe et le monde entier. On insulte qui ? Mais c’est le bas peuple qu’on insulte.

L’après Alpha Condé se prépare déjà. Selon vous ou votre pronostic tout au moins, qui pourrait succéder au professeur-président ?

Ce n’est pas l’après Alpha Condé qui se prépare mais plutôt c’est une alternance générationnelle politique qui se prépare.

Je vais vous dire que les Partis politiques (RPG et UFDG) qu’on croit grands, ne sont même pas des Partis politiques. Le RPG et L’UFDG ne sont pas des Partis politiques. Ce sont des mouvements qui ont été créés pour conduire leurs leaders au pouvoir. Les leaders politiques meurent avec leurs Partis. Regardez le PDG de Sékou Touré et le PUP de Lansana Conté.

Les vrais Partis politiques n’ont jamais gouverné notre pays. Il faut voir au Sénégal ou dans d’autres pays de la sous-région. Aujourd’hui, l’homme qui est au pouvoir ici en Guinée s’entoure des nombreux mouvements sociaux pour gouverner notre pays.

Comment voyez-vous les honteuses et dangereuses tentions politiques entre pouvoir et opposition qui ternissent l’image de notre pays ?

Ces gens là sont forts aujourd’hui simplement parce qu’ils ont des mouvements populaires énormes derrière eux. Mais en réalité, ce n’est pas de la politique qu’ils mènent.

Même la crise à l’intérieur même de l’UFDG entre Bah Oury et Cellou Dalein Diallo inquiète aujourd’hui les Guinéens.

Je ne me mêle pas de ça. Mais tout ce que je demande à l’UFDG, c’est de s’asseoir avec Bah Oury pour résoudre ce problème. Un Parti qui veut diriger un pays doit d’abord être capable de gérer ses tensions internes.

Vous qui avez vécu assez longtemps en Occident où il y a la démocratie et où le droit de l’homme est respecté au plus haut point, vous devriez retourner en Guinée avec des solutions.

C’est pour cela que nous nous battons. C’est pour atteindre ces objectifs que n ous nous battons. Nous nous battons pour ramener dans notre pays, positivement, tout ce que nous avons vu de l’autre coté.

Nous voulons que les choses aillent bien en Guinée et que le droit de l’homme soit respecté. Nous voulons la vraie justice et la bonne gouvernance. C’est pour cela que le PRP veut gouverner notre pays pour apporter des solutions à tous les problèmes de la Guinée.

Quelle est la position de votre Parti, vous êtes de l’opposition, de la mouvance ou du centre ?

Je suis de l’opposition membre de la COEP c'est-à-dire ceux qui ne siègent pas au parlement. Je suis de l’opposition républicaine, je ne suis pas de la mouvance. Le PRP mène une politique d’ouverture. Nous sommes prêts à écouter et à recevoir tout le monde.

Quelles relations avez-vous avec les autres leaders politiques guinéens de la mouvance et de l’opposition ?

J’ai de très bonnes relations avec les autres leaders. J’ai de très bonnes relations avec tout le monde, que ça soit de la mouvance ou de l’opposition. Moi, je suis d’accord avec tout le monde.

Justement, au cours d’une seule semaine vous pouvez avoir des audiences avec plusieurs leaders de la mouvance et de l’opposition. Quel est l’objectif de toutes ces rencontres ?

Tous les leaders politiques que je rencontre sont des ainés à moi. Ils m’ont tous reçu et nous avons parlé de tous les problèmes sociopolitiques de notre pays. Je suis d’accord avec tout le monde.

Nous sommes au terme de notre entretien. En quoi pouvez-vous convaincre les Guinéens d’intérieur et d’extérieurs que vous êtes le meilleur leader politique de votre génération?

Je demande à tous mes militants de rester confiants et sereins, de ne pas être ethnocentristes, de ne jamais voter par ethnocentrisme. La Guinée appartient à nous la jeunesse.

Interview réalisée par Alpha Issiaga Bah pour Conakrytime.com

Tél : (+224) 620 03 10 40