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FETE NATIONALE DU 14 JUILLET 2021 / DISCOURS INTEGRAL DE L'AMBASSADEUR DE FRANCE EN GUINEE, MARC FONBAUSTIER

AFRIQUE & MONDE  /  19 Jul 2021

Fête Nationale du 14 Juillet 2021 – Résidence de France

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Ministre d’Etat, chargé des affaires présidentielles, Ministre de la Défense nationale,

Monsieur le Ministre de la Santé,

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger,

Monsieur le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation,

Messieurs les ex-Premiers ministres,

Messieurs les Ministres conseillers,

Mesdames et Messieurs les ambassadrices et ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Chers compatriotes,

Chers invités,

Cette cérémonie du 14 juillet est doublement atypique.

- D’abord parce que comme l’an dernier et pour les mêmes raisons, hélas, elle est comprimée dans un format restreint, afin de respecter les mesures sanitaires décidées à bon escient par le Gouvernement de la Guinée. Je le regrette vivement, tant cette limitation de nombre vient heurter l’esprit d’ouverture que je souhaite faire prévaloir à la Résidence de France et m’aura obligé à effectuer des choix douloureux, dans la liste d’invités.

- Ensuite, en raison du thème que toutes les ambassades de France dans le monde ont reçu instruction de mettre à l’honneur : la santé !

Il faut dire qu’entre la pandémie de la Covid-19 et ses variants, l’épidémie de fièvre à virus Ebola, voire la brève alerte de réminiscence de la fièvre de Lassa, la santé aura été pour nous, cette année, un sujet absolument central.

1-Comme vous le savez peut-être, la Fête du 14 Juillet recouvre en réalité deux évènements historiques différents, réunis en une seule date définitivement consacrée sous la IIIème République, en 1880, à l’initiative du député Benjamin RASPAIL.

- Le premier de ces évènements est la prise de la Bastille, épisode célèbre et hautement symbolique, survenu le 14 juillet 1789. Ce premier évènement renvoie à une insurrection populaire, dans laquelle Victor HUGO avait cru voir « l’éveil de la Liberté ».

- Le deuxième évènement est moins connu. Il s’agit de la Fête de la Fédération, célébrée pour la première fois le 14 juillet 1790. Cette Fête aura pourtant marqué la dernière grande manifestation d’unité nationale, un sursaut de joie collective, entre les affres de la « Grande peur » et la période la plus dure de la Révolution qui lui a fait suite.

Ce 14 Juillet 1790, que nous commémorons chaque année, fut une véritable Fête populaire. C’est précisément cette dimension populaire, festive, fédératrice, qui nous manque aujourd’hui.

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi donc d’en venir à la Santé.

2-Nous avons fait l’expérience, parfois douloureuse, en 2020 et 2021, des conséquences terribles d’une pandémie inédite depuis très longtemps. Elle a touché certaines et certains d’entre nous, dans des formes d’intensité variable. Elle a durement éprouvé certaines familles. Elle a bouleversé nos repères et nos modes de vie. Elle aura soulevé, aussi, des questions légitimes, sur le rapport Sécurité/Liberté, sur le rapport entre l’Ouvert et le Fermé, le réel et le numérique, sur la notion de frontière, sur les enjeux de la coopération et finalement, sur la condition humaine universelle. La Covid19 aura spectaculairement confirmé la formule célèbre de Paul Valéry, qui déclarait au lendemain de la Deuxième guerre mondiale : « l’ère du monde fini commence »…

La résurgence de la maladie à Virus Ebola - heureusement jugulée - aura fait resurgir le spectre d’une maladie terrible. Ebola a marqué la Guinée. Mais Ebola aura permis la mise sur pied d’un système sanitaire complet et performant, j’y reviendrai.

Je rappelle devant vous, s’il en était besoin, l’engagement personnel du Président de la République française, Emmanuel macron, qui très tôt, a eu une attention particulière pour le continent africain.

Pressentant l’impact socio-économique de la pandémie de Covid, il aura, en premier lieu, pris l’Initiative de Suspension du Service de la Dette (ISSD) - y compris pour la Guinée - afin de tempérer le choc macro-économique créé par le ralentissement du commerce et de l’activité, lui-même susceptible de provoquer une dégradation des comptes publics. Pour le Président Macron, il fallait à tout prix éviter une double peine - pour ainsi dire - entre les risques sanitaires liés à la pandémie et la fragilisation du tissu social et économique qu’elle était susceptible d’engendrer.

En deuxième lieu, le Président de la République française aura été le premier à donner l’alerte sur le risque d’une « fracture sanitaire » liée à la vaccination, entre les pays les plus riches, les plus à même de se procurer rapidement des doses massives de vaccins et les pays plus démunis, notamment sur ce continent, pour lesquels l’accès au vaccin serait lent et parcimonieux. Il a soulevé, très tôt, la question de la gratuité du vaccin, qu’il souhaitait faire reconnaître comme un bien public mondial. Il a suscité une prise de conscience et un débat qui ont débouché notamment sur l’initiative Covax, consistant à mettre en commun des vaccins destinés aux pays les moins pourvus, majoritairement situés en Afrique. De même, les autorités françaises se préoccupent à présent du risque, bien réel, de formation dans les faits d’une sorte de « frontière vaccinale », issue du décalage entre les types de vaccins reconnus notamment en Europe mais pas seulement, et les types de vaccins utilisés majoritairement dans les campagnes vaccinales menées en Afrique. Il s’agit d’empêcher un nouveau genre de rupture, notamment dans la circulation des personnes, d’un continent à l’autre. Vous le voyez, la France n’a certainement pas le monopole du souci d’Afrique. Mais elle se place clairement aux avants postes des réflexions et des mesures de correction.

Je vais faire, si vous le voulez bien, un quadruple éloge et formuler trois remerciements.

- Je voudrais, en premier lieu, faire l’éloge de la Santé en tant que Bien commun, au sens où l’entendait Saint Thomas d’Aquin, c’est-à-dire un patrimoine de la communauté humaine, nécessaire à la vie, au bonheur ou à un épanouissement collectif. Tout le monde ici sait pertinemment combien la santé est précieuse, pour pouvoir mener une vie normale, poser des actes, faire des projets, en bref, s’accomplir. Mais la santé est aussi un Bien public, une utilité commune, un Actif d’intérêt général. L’attention prêtée par l’Etat à la santé devient, dans ces conditions, un marqueur des finalités qu’il poursuit. Plus la puissance publique se consacre à la santé, plus elle contribue au Bien être de la population.

- Je voudrais, ensuite, faire l’éloge des femmes et des hommes qui se sont battus, se battent et se battront encore, en Guinée et ailleurs, contre les pandémies et les épidémies. Tous ces professionnels de santé, ces « blouses blanches » comme on dit, sont admirables de courage et d’abnégation. Elles et ils forment cette fameuse « première ligne », celle qui nous protège, nous soigne et nous guérit. Comment ne pas les remercier du fond du cœur, ici et maintenant, pour le temps, l’énergie, le savoir-faire qu’elles et ils consacrent aux autres ? Les femmes et les hommes du système de santé, en Guinée comme ailleurs, hissent au pavois les valeurs de Service, de Solidarité et finalement, de Fraternité. Comment ne pas leur rendre, Monsieur le Ministre de la santé, Monsieur le Directeur de l’ANSS, un hommage appuyé, en ce 14 Juillet ? Je vous invite à les applaudir…

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs,

- Je voudrais, également, faire l’éloge du système de santé Guinéen. Je me souviens de la définition d’un « système », en Sciences politiques : « Ensemble d’éléments en interrelation structurelle, organisés en fonction d’un but… ». La Guinée - à la faveur du premier épisode de Maladie à virus Ebola - s’est dotée d’un système de santé qui a démontré tout récemment sa pertinence et son efficience, lors de l’épidémie d’Ebola qui s’est déclarée en février 2021 et aura été maîtrisée au bout de 4 mois. Si l’on compare cette séquence maîtrisée aux difficultés rencontrées il y a sept ans, lorsqu’Ebola s’est manifestée la première fois, on mesure tout le chemin parcouru. Monsieur le Ministre de la santé, c’est pour vous et pour l’ensemble des agents dont vous avez la charge, pour votre pays, un motif de fierté. Avec l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, dont je salue le Directeur, avec les laboratoires dont la Guinée s’est pourvue, grâce aux initiatives LABNET et LABOGUI, avec les systèmes d’alerte nationale et régionale mis en place depuis quelques années – les ERARE déclinés en EPARE – avec, enfin, le renforcement de capacités des Centre de santé, pour produire des soins de qualité, misant sur l’hygiène et la sécurité des soignants, tous les piliers sont en place, pour permettre une réponse rapide, robuste et efficace en cas de crise. Dans ce domaine si important, la Guinée se distingue. Elle a pris en main son destin.

- Je voudrais, enfin, faire l’éloge de la coopération internationale, en ces temps difficiles pour les femmes et les hommes de bonne volonté, qui travaillent pour les relations entre les peuples. On nous vante souvent - c’est l’air du temps - les sirènes du repli sur soi, de l’égoïsme sacré, du splendide isolement, en réponse aux interdépendances et aux défis planétaires du XXIème siècle, qui tous ignorent pourtant les frontières. Nous venons de vivre une illustration en grandeur réelle, parfaitement tangible, des vertus de la coopération sanitaire. Sur Ebola, la Guinée a décidé souverainement de sa riposte, mais en ayant l’intelligence, dès le départ, de s’ouvrir sans hésitation aux autres pays, aux institutions internationales (l’ONU, l’OMS, l’UE…) afin de pouvoir « armer » son système. Plusieurs pays, dont la France, mais il y en a eu bien d’autres, ici représentés, plusieurs bailleurs multilatéraux, plusieurs ONG, notamment françaises, auront ainsi appuyé le dispositif déployé par les autorités nationales. Avec le résultat que l’on connait. Vive la solidarité internationale ! Vive la solidarité bien vécue ! Vive l’entraide ! Je pense que vous pouvez vous applaudir tous et toutes, car c’est un beau motif de satisfaction que d’être parvenus à agir ensemble, de manière coordonnée, pour le peuple Guinéen…

A ces éloges, je souhaiterais ajouter trois remerciements spécifiques.

- Je remercie tous les agents de l’ambassade, actuels et précédents, qui n’ont pas compté leurs heures, ni leur peine, pour assurer la continuité de l’Etat et des services rendus à nos compatriotes et à nos visiteurs, notamment lors de la première vague de Covid19 et de la bascule en plan de continuité d’activité (PCA).

- Je remercie la compagnie Air France, qui lors de cette crise - d’ailleurs toujours pas terminée au jour d’aujourd’hui - aura maintenu ses plans de vol et assuré une liaison quotidienne avec la France et l’Europe. Ce choix stratégique avait déjà prévalu lors de la première crise Ebola, en 2014, où Air France n’avait pas suspendu ses vols. Cette permanence d’un couloir aérien fut et demeure un facteur de réassurance important, permettant d’acheminer des matériels et des équipements sanitaires, de procéder à des évacuations ou plus largement, de protéger les personnes.

- Je remercie enfin toute l’équipe de la Résidence, notre intendant Xavier - dont c’est le dernier 14 juillet avant une retraite bien méritée - Cissé, notre Chef de cuisine, Keita et Morlay, nos maîtres d’hôtel, Nabi et Sylla, nos jardinier et technicien, pour leur dévouement et leur souci de bien vous recevoir. Ils ont été épaulés par nos partenaires habituels, Sobragui et l’Imperial, dont je salue la fidélité.

Je vous invite à les applaudir toutes et tous.

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs,

3-Je vais terminer ce discours pour me réjouir, comme Ambassadeur de France, de l’étendue et de la qualité de la coopération franco-guinéenne dans le domaine sanitaire.

Cette coopération est en réalité devenue - au fil du temps - un segment déterminant de l’Aide Publique au Développement (APD) de la France en Guinée.

C’est une réalité quantitative, puisqu’entre les contributions nationales, soit 52M€ en 7 ans et les financements délégués par l’Union européenne, soit 46M€ sur la même période, ce sont près de 100M€ qui auront été transférés au profit du système de santé de ce pays.

C’est aussi une évidence qualitative. Car au-delà des flux de fonds, considérables, la coopération française aura clairement visé à faire monter en puissance toutes les composantes du système, des laboratoires à la chaîne de soins, en passant par le déploiement des moyens de veille, d’alerte et de riposte. Nous avons misé, ensemble, sur le renforcement de capacités. Et je pense que l’actualité récente, pour la Covid19 comme pour Ebola, nous a donné raison.

Mais la santé, c’est bien plus que la santé.

Et je crois, sincèrement, que la santé est devenue, entre nos deux pays, une affaire d’Etat, dans le bon sens du terme. Elle est à présent une partie du socle ferme et pérenne des relations d’amitié et de solidarité qui rapprochent nos deux peuples. Je m’en félicite. Et pour en être bien sûr, j’en profite pour vous annoncer, avec plaisir et fierté, que nous allons vous proposer de nommer en Guinée, en début d’année prochaine, comme vous l’aviez souhaité, un ou une experte internationale auprès du Directeur de l’ANSS.

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs,

Chers invités,

La boucle est ainsi bouclée, après cette longue ellipse discursive que je vous remercie d’avoir supportée.

La santé est bien ce cœur battant de la bonne tenue des relations entre la Guinée et la France.

Elle « donne le pouls », me semble-t-il, pour prendre une image empruntée à la médecine, de notre longue histoire commune, de nos horizons partagés et de nos destins liés.

Vive la France, vive la Guinée, vive la relation entre nos deux pays !

Je vous remercie./.

Transmis par Patrick Devautour

Conseiller politique

Ambassade de France en Guinée