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Irak : dans la terreur des assassinats ciblés

AFRIQUE & MONDE  /  25 May 2021

L’Irak est secoué par une vague d’assassinats politiques qui dure depuis des mois et qui a coûté la vie à des dizaines de manifestants, de journalistes et de représentants de la société civile. Une manifestation est prévue ce mardi 25 mai à Bagdad pour protester contre ces crimes et contre l’impunité dont bénéficient leurs auteurs et commanditaires.

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Asaad Zalzali a 37 ans, il est journaliste et a travaillé pour plusieurs médias avant de rejoindre la chaîne Al-Hurra. Son travail a été récompensé à plusieurs reprises mais ce journaliste irakien est aujourd’hui exilé dans son propre pays. « J’ai été la cible de menaces et de tirs en 2017 et en 2018 en raison de certains dossiers sensibles sur lesquels j’enquêtais. J’ai fui ces menaces pour vivre à Erbil où je travaille pour Al-Hurra qui est une chaîne américaine ».

Ces menaces sont devenues encore plus importantes puisque le conflit en Irak oppose aujourd’hui les États-Unis et l’Iran et que les alliés politiques de l’Iran sont ceux qui contrôlent la politique en Irak. « Je subis donc trois types de pression : le premier lié à mon travail d’investigation, le deuxième à ma participation aux manifestations populaires d’octobre 2019, et le troisième au média américain pour lequel je travaille. A chaque fois que je travaille sur un reportage, je pense à mon testament. Est-ce que je dois le rédiger ou pas ? »

Tué devant son domicile à Bagdad…
Ce témoignage est emblématique de la vague de terreur qui sévit en Irak. En 2019, des manifestations ont éclaté dans le pays pour dénoncer la corruption et l’incurie de la classe politique en Irak. Des rassemblements qui ont été réprimées avec plusieurs centaines de manifestants tués. Depuis, le pays est le théâtre d’assassinats ciblés (une trentaine), de tentatives d’assassinats, et aussi d’enlèvements.

Les cibles : des protestataires qui participent aux manifestations anti-gouvernementales comme Ehab Al-Ouazni assassiné le 9 mai dernier. Des journalistes comme Ahmed Hassan, qui était grièvement blessé par balles à la tête le lendemain. D’autres personnalités de la société civile irakienne ont été fauchées ces derniers mois, comme le politologue Hicham Al Hachemi tué en juillet dernier devant son domicile à Bagdad.

Les groupes armés de la « Mobilisation populaire » indexés
Pour beaucoup, la nature de ces assassinats donne des indices sur l’identité des assassins comme le pense Belkis Wille de l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch. « Ces individus portaient des armes, parfois en plein jour et ne montraient aucune crainte, alors qu’ils perpétraient un assassinat ou un enlèvement en pleine rue. Donc, nous supposons que ces individus appartiennent à des groupes armés très puissants qui peuvent opérer en toute impunité. Les groupes auxquels on pense immédiatement sont ceux de la ''Mobilisation populaire'' en raison des liens très forts qu’ils entretiennent avec le pouvoir et de la facilité avec laquelle ils peuvent se procurer des armes »

Les soupçons se portent donc sur les groupes armés réunis sous l’appellation de « Mobilisation populaire » en arabe Hached al chaabi. Ce sont des groupes paramilitaires formés en 2014 pour lutter contre les jihadistes du groupe État Islamique qui avaient alors pris le contrôle de vastes portions du territoire irakien. Ces groupes de la « Mobilisation populaire » sont pour certains très proches de l’Iran, pays voisin et très influent en Irak.

Officiellement des enquêtes ont été ouvertes, après les dizaines d’assassinats ciblés de ces derniers mois, mais sans résultat concret. C’est bien l’impunité des auteurs et des commanditaires de ces crimes qui est donc dénoncé par de très nombreux Irakiens. Une violence impunie qui fait peser une chape de plomb sur la société irakienne, comme l’explique Belkis Wille : « Malheureusement, ces assassinats ont eu la conséquence recherchée par les groupes armés : faire taire les voix critiques, réduire le débat au silence».

Au-delà de l’indignation de nombreux Irakiens, les conséquences politiques de cette vague de terreur se font également ressentir. Ces dernières semaines, plusieurs formations politiques ont appelé au boycott des élections législatives. Celles-ci sont prévues pour le mois d’octobre prochain.

Avec RFI