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En plein scandale financier, Liberty Steel ferme des usines

AFRIQUE & MONDE  /  25 May 2021

Liberty Steel qui regroupe les activités acier du magnat britannique Sanjeev Gupta annonce sa restructuration. Une usine du groupe et d'autres infrastructures vont être mises en vente au Royaume-Uni. C'était l'issue redoutée après les difficultés rencontrées depuis la faillite de la société financière Greensill, celle qui le finançait et par qui le scandale est arrivé.

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Greensill, société financière britannique dont le conglomérat familial GFG dirigé par Sanjeev Gupta était l'un des principaux clients, a été mise en faillite en mars, entraînant GFG dans sa chute. Désormais, GFG est dans le collimateur lui aussi du Serious Fraud Office, l'équivalent britannique du parquet financier pour des soupçons de fraude et de blanchiment d'argent, en particulier en relation avec Greensill. On en voit aujourd’hui les principaux effets.

Depuis, impossible pour Sanjeev Gupta de trouver des créanciers

Un crédit de 200 millions de livres par la société White Oak Global Advisors, celle-là même qui l'avait aidé à renflouer ses opérations en Australie il y a peu, lui a été refusé. « En tant qu'organisme régulé, nous ne pouvons poursuivre les discussions avec une société qui fait l'objet d'une enquête ». Voilà ce qu'elle a répondu il y a quelques jours à Sanjeev Gupta.

Depuis, pour le conglomérat, c'est le défilé des créanciers. Le groupe Tata Steel réclame des arriérés de paiements de 100 millions de livres datant de 2017. Citigroup au nom de Crédit Suisse a saisi la justice londonienne pour récupérer l'argent de ses clients qui ont investi dans des titres de dettes émis par Greensill, le financeur en faillite. Il n'y a donc plus d'argent frais pour faire tourner des usines qui ont pourtant tout pour être profitables en ce moment avec des prix de l'acier et de l'aluminium au sommet.

D'où la revente des usines et des infrastructures au Royaume-Uni

Début mai, Sanjeev Gupta a désigné une équipe pour restructurer son groupe. C'est à la même table que s'est assise la société de gestion de Crédit suisse le week-end dernier pour sceller le sort de l'usine de Stockbridge. Ses principaux clients sont dans le secteur aérospatial. « Des actifs uniques et de grande qualité » mais pas « stratégiques » a dit le groupe dans un communiqué. Deux autres usines du nord de l'Angleterre ont vu leur vente actée. Crédit Suisse, qui cherche à récupérer 10 milliards de dollars perdus, pourra se rembourser avec les ventes futures de deux autres usines anglaises et grâce à un accord de refinancement via un site en Australie.

À vitesse grand V, Liberty Steel redéfinit aussi des priorités de développement. Il va notamment augmenter les capacités de l'usine de Roterham de recyclage d'acier, afin d’en faire une des premières de son genre en Europe.

De son côté, le gouvernement britannique se dit attentif au sort des employés du groupe de Sanjeev Gupta

Ils sont 5000 au Royaume-Uni. Le gouvernement dit « explorer toutes les options » afin de préserver leur emploi mais il est gêné aux entournures car il refuse de voler au secours du conglomérat lui-même dont le scandale a révélé un peu plus l'opacité des ramifications financières.

Un vaste débat est lancé au Royaume-Uni sur l'absence de contrôles financiers qui aurait favorisé la fuite en avant de Liberty Steel. Le « sauveur de l'acier britannique » comme on le surnomme là-bas a repris des sites à tour de bras ces dernières années. Et désormais, il crie famine. Une demande de sauvetage de 170 millions de livres a été sèchement refusée en mars dernier, l’exécutif craignant que l'argent n'aille alimenter une lointaine filiale du groupe. Mais tout de même, le gouvernement se tient prêt au cas où Liberty Steel devrait subir le même sort que British Steel, groupe qui s'est effondré en 2019.

De l'autre côté de la Manche, en France notamment, les conséquences redoutées du choc sont déjà là

Dès le mois de mars, on a senti le vent du boulet. Faute de cash, trois fonderies de la branche aluminium en cessation de paiement avaient été mises à l'arrêt avec leurs 850 salariés, puis en redressement judiciaire. Liberty Steel France cherche un repreneur pour l'usine d'Ascoval dans le Nord et Liberty Rail en Moselle faute d'argent frais également. Moins d'un an après la reprise du site, on se prépare à nouveau à la valse des repreneurs.

Avec RFI