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Pourquoi le mystérieux virus panique les marchés asiatiques

AFRIQUE & MONDE  /  21 Jan 2020

Avec l’apparition en Chine d’un nouveau virus mortel pour l’homme, Pékin redoute le pire : une répétition de la tragédie du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère). Ce coronavirus apparu au début des années 2000 avait tué des centaines de personnes et provoqué de grosses pertes économiques.

C’est à cause de la comparaison avec le drame de 2003 que les Bourses asiatiques sont hyperréactives depuis hier dans les secteurs les plus exposés, comme si l’état de pandémie était déjà avéré : hier, les compagnies aériennes ou les voyagistes, ont plongé à Shanghai et à Hong Kong. Le recul se confirme aujourd'hui pour la plupart des titres liés à la consommation tandis que les actions pharmaceutiques s'envolent. Jusqu’à près de 20% hier, à Hong-Kong, pour le laboratoire chinois fabriquant le générique du tamiflu, le médicament prescrit en cas de grippe. + 10% ce matin à Shanghai, le seuil maximal de hausse autorisé sur cette Bourse, pour d’autres titres pharmaceutiques et pour le principal fabricant de masque. Ces réactions reflètent bien la nervosité qui commence à gagner le monde chinois des affaires.

En 2003 la panique qui a suivi l’apparition du SRAS, a provoqué un gros ralentissement économique

Les gens ont évité les déplacements, les rencontres pour se protéger. Les échanges entre les hommes ont subitement décéléré, et la consommation par conséquent - en voyage, restaurant, conférence - a marqué le pas. C'était la première pandémie du XXIe siècle, bien plus nocive pour l'économie que n'a pu l'être la terrible grippe de 1918 à cause de la globalisation. La Chine a perdu 1% de son PIB, l'Asie du Sud-Est un demi-point. Le commerce et le tourisme ont été les plus affectés. On en n'est pas là pour le moment, mais le danger est théoriquement démultiplié car, en dix-sept ans, la Chine s’est métamorphosée. Sa population s’est enrichie, elle voyage beaucoup plus. C’est pourquoi le risque de propagation du virus est beaucoup plus grand qu'en 2003. Une perspective inquiétante étant donné le contexte de ralentissement de l’économie chinoise. En même temps ce ralentissement est quelque part un amortisseur car en cette veille de Nouvel An chinois, avant même que l'existence de ce mystérieux virus ne soit reconnue, beaucoup de familles avaient renoncé à voyager pour éviter des dépenses.

Quelle leçon le gouvernement chinois a-t-il tiré de cette expérience ?

Qu'il fallait soigneusement et fermement calibrer la réaction. En 2003 il avait commencé par nier l'existence du virus et de ses victimes, pour ensuite prendre des mesures de contrôle drastiques qui ont littéralement confiné les gens chez eux, aussi effrayés par le mensonge initial de leur gouvernement que par l'ampleur des mesures de prévention. La peur est devenue paralysante. C'est le facteur le plus aggravant pour l'économie. On voit aujourd'hui que les autorités chinoises font un effort de transparence sur les informations dont elles disposent, et qu'elles font tout pour garder leur sang-froid. Les pays voisins sont aussi en état d'hyper vigilance. Notamment le Japon parce qu'il est devenu l’une des destinations de vacances favorites des familles chinoises. Une pandémie serait une catastrophe pour le pays hôte des Jeux olympiques d’été. Ce matin la Bourse de Tokyo accuse le coup, elle a terminé en baisse de 0,91%.

EN BREF

Une trêve est en vue entre les États-Unis et la France sur la controverse de la taxe digitale. Les importateurs américains de vins français ou de rouge à lèvre respirent mieux ce matin, Donald Trump et Emmanuel Macron sont tombés d'accord pour se donner plus de temps pour négocier. Les discussions vont se poursuivre jusqu'à la fin de l'année. Washington très énervé par la taxe sur les Gafa imposée par la France menace les exportations françaises de lourdes sanctions. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, espère trouver un accord provisoire avec son homologue Steve Mnuchin lors de leur rencontre prévue demain au forum de Davos.

Avec RFI