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La bataille du drapeau breton est engagée sur Twitter

AFRIQUE & MONDE  /  21 Jan 2020

Les Bretons militent pour la création d'un « emoji » représentant leur drapeau grâce au « hashtag » provisoire #EmojiBZH. Avec, à la clé, un enjeu de taille : faire figurer l'étendard dans les 5,4 milliards de « smartphones » utilisés dans le monde.

Nul besoin d’être Breton pour connaître le drapeau de la Bretagne. Des festivals aux stades de foot en passant par les cortèges des manifestations, il y en a toujours un ou plusieurs à apercevoir. Facilement reconnaissable avec ses bandes noires et blanches et ses hermines, le Gwenn Ha Du (« blanc et noir », en breton) s’agite actuellement sur les réseaux sociaux.

Porté par l’association www.bzh (bzh pour Breizh, « Bretagne », en breton), le projet #emojiBZH vise à l’obtention d’un emoji officiel représentant le drapeau breton. Jusqu’au 9 février 2020, tous les amoureux de la Bretagne sont invités à partager massivement le mot dièse dédié, uniquement sur Twitter. Plus ils seront nombreux à le faire, et plus cela favorisera une décision positive du consortium Unicode – instance internationale privée réunissant notamment tous les Gafa - en charge de superviser la création de ces pictogrammes. En cas de réponse favorable, l’emoji drapeau breton aura sa place dans les quelque 5,4 milliards de smartphones en circulation dans le monde.

30 000 tweets avec le drapeau breton

L’histoire commence en 2017, avec le World Emoji Day, la fête mondiale de ces petites faces rondes et autres motifs que l'on peut utiliser dans les SMS, messageries et réseaux sociaux. Emojipedia, moteur de recherche des emojis, a organisé à cette occasion des World Emoji Awards pour récompenser les petites images les plus plébiscitées en ligne. Mais également pour inviter les internautes à voter en faveur de celles qu’ils souhaiteraient pouvoir utiliser. Largement mobilisés, les Bretons parviennent à hisser leur étendard à la deuxième place du classement, juste derrière l’emoji « yerba mate » qui représente la boisson traditionnelle sud-américaine. « À la suite de quoi le président de www.bzh, David Levesnan, a déposé une candidature officielle auprès du consortium Unicode », se souvient Loïc Fily, chef du projet #emojiBZH.

Mais il ne suffit pas de demander son emoji pour l’obtenir. « La candidature doit faire la preuve d’une réelle demande et d’une importante fréquence d’utilisation, prouver que l’emoji drapeau breton est utile à tout point de vue », prévient Loïs Fily. D’où le test grandeur nature lancé début janvier sur Twitter avec déjà un certain succès : accolé au mot dièse #emojiBZH, le drapeau breton s'est classé en première et troisième place des tendances Twitter France pour sa première journée de campagne, se retrouvant même brièvement en 6e position des tendances mondiales du réseau avec quelque 30 000 tweets.

Pétition en ligne et financement participatif

Une pétition en ligne réclamant la création de l’emoji Gwenn Ha Du a de son côté réuni près de 30 000 signataires, ouvrant la voie à une campagne de financement participatif organisée, cela va de soi, sur le site breton Kengo. Avec plus de 22 000 euros récoltés, la cagnotte a permis de confier à une agence spécialisée le montage d’une grosse opération de communication pour promouvoir le test sur Twitter. Appuyée par la région Bretagne, la campagne s’affiche jusque sur les murs du métro parisien, certes peu fréquenté, conflit social oblige. Une vidéo a été réalisée dans laquelle des personnalités bretonnes comme l’écrivain Patrick Poivre d'Arvor, Gautier Larsonneur, le gardien de but du Stade brestois, ou Guillaume Pape, le cuisinier de Top Chef, affichent leur soutien. Les clubs de foot de Brest, Lorient ou Rennes ne sont pas en reste et assurent aussi sur leur compte Twitter la promotion du « hashflag ». Surtout, l’association .bzh peut se prévaloir du parrainage financier de près d’une quarantaine de collectivités locales et entreprises bretonnes, à l’image d’Armor-Lux, du journal Ouest-France, ou des métropoles rennaises et brestoises.

« Actuellement, le nombre de mentions sur Twitter est impressionnant et donc encourageant, il y a une forte mobilisation. On est dans les clous par rapport aux exigences d’Unicode, mais on reste prudent, il faut continuer à se mobiliser jusqu’au 9 février », souligne Loïc Fily. À la fin de l’opération, un bilan sera tiré avec les chiffres clés, autant d’éléments qui devront figurer en bonne place dans la candidature finale auprès d’Unicode, lequel ne rendra sa décision que l’an prochain en janvier 2021. Au passage, le test va aussi permettre la comparaison avec d’autres emojis du même type. « Le pays de Galles, l’Écosse ou même l’Angleterre sont des cas très inspirants, car ils sont des subdivisions régionales d’un pays, comme la Bretagne. Les données montrent que ces emojis drapeaux marchent très bien sur les réseaux sociaux », affirme Loïc Fily.

Pérenniser l’identité numérique de la Bretagne

« À première vue, on peut voir les emojis comme quelque chose de rigolo et de très anodin. C’est vrai, mais les enjeux et l’impact sont énormes. Les bénéfices en termes de visibilité et de marketing territorial sont exceptionnels et, au quotidien, c’est un enjeu très utile sur les réseaux sociaux », justifie le chef du projet qui pense notamment aux 5 milliards de messages contenant un emoji envoyés au quotidien sur le seul Facebook messenger (source : emojipedia.org). Ou bien au fait que près de la moitié des posts sur Instagram contiennent au moins un emoji.

Car ces petites images qui servent à amuser la galerie sont en fait des outils de communication essentiels. Le drapeau breton en emoji est un formidable moyen de pérenniser l’identité numérique de la Bretagne et sa présence en ligne. L’association www.bzh est d’ailleurs le gestionnaire en titre de l’extension .bzh permettant une personnalisation plus locale des habituelles extensions des noms de domaine comme le .fr ou le .com. En plus des drapeaux nationaux, la liste d'emojis (officiellement, il en existait 3 019 en mars dernier) s'enrichit chaque année de nouveaux étendards (LGBT, pirate, Union européenne...). Et près de 5 000 territoires dans le monde souhaitent voir leur drapeau intégrer la sélection officielle, comme la collectivité territoriale de Corse qui, inspirée par l’opération bretonne, avait annoncé en 2018 vouloir faire adopter un emoji « Corsica » avec la tête de Maure.

Avec RFI