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Pourquoi certaines entreprises agissent-elles enfin pour le climat?

AFRIQUE & MONDE  /  13 Jan 2020

En 2020, les entreprises vont-elles enfin agir sérieusement pour limiter le réchauffement climatique ? Celles qui tardent à agir sont de plus en plus sous la pression du public. À cause de la forte mobilisation des militants pro-climat, l’allemand Siemens a failli renoncer à un contrat lié à l’exploitation d’un important gisement de charbon en Australie.

Dans le cas de Siemens, la jeune Luisa Neubauer, la « Greta Thunberg locale », a réussi à mobiliser l’opinion en dénonçant les dégâts que cette mine provoquera sur la Grande Barrière de corail. Avec les incendies ravageant l’Australie en toile de fond, Siemens a beaucoup réfléchi, mais a décidé de passer outre en confirmant ce contrat de signalisation de 18 millions d'euros qui va pourtant souiller sa réputation. Parfois, ce sont les salariés qui rappellent leur devoir climatique à leur patron. Chez Amazon, l'une des entreprises privées les plus polluantes au monde, Jeff Bezos a dû accélérer l'annonce de son plan pour parvenir à zéro émission d'ici à 2040 sous la contrainte d'une pétition signée par plus de 8 000 de ses employés. Trop flou, trop tard disent déjà les salariés, ils lui demandent de revoir sa copie. Troisième influenceur déterminant dans la conversion des entreprises à la cause du climat : les actionnaires. Ils exigent de plus en plus fréquemment la prise en compte des objectifs de réduction du carbone en assemblée générale.

► À écouter aussi : Quelles sont les conséquences économiques des incendies géants en Australie ?

Quelles sont leurs motivations ?

Certains agissent pour des raisons éthiques. L'Église méthodiste et les jésuites de Grande-Bretagne font partie du groupe d'actionnaires qui exigent aujourd’hui de la banque Barclays de stopper net le financement des énergies fossiles. Au mois de mai, cette demande sera soumise au vote de l'assemblée générale. Ce sera une première pour une aussi grande banque européenne ; car malgré l'accord de Paris, Barclays continue de financer des projets nuisibles pour le climat. Depuis 2015, Barclays a financé des projets d'hydrocarbures pour un montant de 85 milliards d'euros. Parmi les actionnaires militants, il y a aussi des fonds de pension, ce sont des investisseurs de long terme et ils s'inquiètent sur la rentabilité lointaine de leur placement. Pour les mêmes raisons, les fonds activistes, ceux qui s'imposent dans les assemblées pour rendre les entreprises encore plus profitables menacent de faire obstruction dans les entreprises en retard sur leurs engagements.

Est-ce que ces pressions publiques ont un réel effet sur la politique environnementale des entreprises ?

Pas toujours, comme l’illustre l’exemple de Siemens. Tant que les États seront incapables de donner un prix du carbone dissuasif, il ne faut pas rêver, les entreprises continueront comme avant. Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, trouve que les efforts accomplis jusqu'à maintenant sont bien insuffisants et il les met en garde contre les scénarios catastrophes. Il suggère que les entreprises soient contraintes de publier leur exposition au risque climatique. Le green washing ne suffit plus à les camoufler, les entreprises sont de plus en plus pointées du doigt et sommées d'agir. Sous la contrainte du régulateur s'il le faut. Au Royaume-Uni, les banques passeront l'an prochain des stress test climat pour estimer leur niveau de résistance aux différents scénarios de hausse des températures. Étant donné l’enlisement des négociations politiques, comme on l’a constaté à la COP25 en Espagne, c'est bien les pressions par l'opinion publique, les salariés, les actionnaires, les régulateurs financiers qui sont devenus de fait le véritable aiguillon pour décarboner l'économie.

► À lire aussi : Le coût du changement climatique

EN BREF

L'Éthiopie demande la médiation sud-africaine pour résoudre son conflit avec l'Égypte sur la construction du barrage de la Renaissance. Les deux jours de discussions se sont achevés hier à Washington sur un nouvel échec, toujours pas d'accord en vue entre Addis-Abeba, Le Caire et Khartoum sur l'édification de ce barrage sur le Nil voulu par l'Éthiopie et susceptible de priver l'Égypte d'eau. Le Caire a accepté le principe de cette nouvelle médiation. Une autre réunion est prévue aujourd'hui à Washington sous la houlette des États-Unis.

Le constructeur japonais Nissan préparerait secrètement sa séparation d'avec Renault. D'après nos confrères du Financial Times, Nissan prévoit toujours de scinder ses activités d'ingénierie et de production de celle l'alliance constituée avec le constructeur français. Jean-Dominique Senard, le successeur de Carlos Ghosn est en train de préparer un nouveau plan pour relancer cette alliance de vingt ans de plus en plus fragilisée par la méfiance interne et les mauvais résultats financiers.

Avec RFI