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Pierre Kwenders globalise les pleines lunes afro-électro

AFRIQUE & MONDE  /  13 Jan 2020

À l’avant-garde de la scène afro-musicale au Canada, en solo ou avec son collectif Moonshine et ses soirées remarquées, le chanteur d’origine congolaise Pierre Kwenders prolonge et diversifie son combat aux côtés d’autres artistes du même courant venus du monde entier sur le troisième volume de la série SMS For Location.

Le suspense est entretenu avec un soin particulier et contribue à la réputation de l’événement : pour savoir où se déroulent les soirées Moonshine organisées à Montréal depuis 2013 et avoir une chance d’y participer, il faut attendre le dernier moment, c’est-à-dire chaque samedi qui suit la pleine lune, envoyer un SMS à un numéro communiqué et obtenir en retour l’information tant désirée.

Ancien hangar, sous-sol de grand building… : dans ces lieux non conventionnels pour abriter de telles soirées, habillés pour l’occasion, résonne une musique qui n’avait pas vraiment trouvé jusqu’alors son canal de diffusion. "Une des raisons de l’existence de Moonshine, c’était de créer des soirées où des jeunes d’origines africaines pouvaient se rencontrer et écouter de la musique avec laquelle ils ont grandi, mais aussi celle d’aujourd’hui qu’ils aiment et qui ne passent pas dans les clubs", rappelle Pierre Kwenders, coinstigateur de ce collectif qui rassemble à chacune de ses prestations régulières plusieurs certaines de personnes dans la capitale québécoise.

La recette fonctionne si bien que, depuis quelques années, Moonshine est aussi sollicité en dehors de son cadre naturel – le nombre de pleines lunes est un paramètre qui peut s’avérer restrictif ! Les invitations sur d’autres territoires se multiplient, en Europe ou encore en Amérique latine. Cette nouvelle dimension s’est répercutée sur l’approche artistique privilégiée sur les mixtapes régulièrement sorties par l’équipe autour de Pierre Kwenders.

Après un premier volume centré sur Montréal et qui "représentait l’identité diasporique des membres" du collectif, puis un second dont le rayon s’était agrandi à l’Amérique du Nord, le troisième épisode de la série logiquement intitulée SMS for Location élargit encore davantage le spectre : "L’idée de base était de mettre en avant de nouveaux talents qu’on a découverts, d’aller chercher beaucoup plus loin, de se surprendre", précise l’artiste-organisateur.

Si l’afro-électro fait figure de "dénominateur commun" entre les différents protagonistes réunis, au-delà de la diversité des origines, "les artistes de ce troisième volume ont tous différents backgrounds, et chacun a sa propre interprétation de la musique électronique", poursuit-il.

Pour ce fils du Congo arrivé enfant au Canada durant la nuit de Noël 2001 afin d’y rejoindre sa mère, le temps du retour aux sources était venu. Lors de ce voyage au goût de pèlerinage sur sa terre natale en décembre 2018, il flashe sur Likolo de DJ P2N qu’il entend partout à Kinshasa. "Il y a un côté très festif naturellement congolais et un côté afro-house qui vient probablement du fait que DJP2N a été influencé par l’afro-house sud-africaine puisqu’il a vécu là-bas", analyse-t-il.

Revenu à Montréal, il entre en contact avec la nouvelle sensation électro des nuits congolaises et lui propose de prendre part au projet SMS for Location. D’autres viennent du Kenya, comme DJ Coco Em, du Chili (Merci & Marco), de Suède (Dinamarca) ou encore de la scène lisboète en pleine ébullition (Enchufada).

Un peu partout dans le monde, des collectifs semblables qui partagent "la même idéologie" que les membres de Moonshine ont vu le jour, observe Pierre Kwenders : Naafi au Mexique, NoAf au Chili, Papi Juice à New York, La Créole à Paris, Batekoo au Brésil… Avec un but : "briser les stéréotypes, faire évoluer les mentalités, dans un espace rempli de bonheur, où tout le monde est le bienvenu." Le pouvoir de la musique ?

Avec RFI