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État paralysé et montée des violences en Irak

AFRIQUE & MONDE  /  27 Oct 2019

En Irak les violences ont continué ce samedi. Ces dernières 48 heures, 63 personnes ont perdu la vie lors de manifestations qui appellent à la « chute du régime ». Ce 26 octobre, le Parlement se réunissait d'urgence, et ce fut une fois de plus un échec.

Le Parlement avait publié un communiqué annonçant une réunion d'urgence ce samedi afin de se concentrer sur les demandes des manifestants et sur les moyens de mettre en œuvre un projet de réforme concret. Résultat, seul un tiers des députés a répondu à l'appel, selon les médias irakiens. La cession a rapidement été abandonnée.

Une preuve, une fois de plus, des profonds dysfonctionnements du système politique. Un système faible et profondément divisé par une multiplicité de partis politiques.

Alors que les autorités semblent paralysées, la violence continue de monter dans les rues d'un pays où les armes circulent dans toutes les mains. La colère populaire est particulièrement tournée vers les milices chiites nommées Hashd Al-Shaabi, elles représentent, entre autres, le pouvoir exercé par l'Iran sur un gouvernement irakien critiqué pour son manque d'autonomie.

De son côté le commandement des forces irakiennes accuse des groupes armés de s'immiscer au milieu des manifestants dans le but de tuer des militaires ou de libérer des prisonniers. Un communiqué affirme que ces personnes seront jugées sévèrement par la loi anti-terroriste.

Depuis le 1er octobre, et jusqu'à aujourd'hui, il y avait d'une manière ou d'une autre la participation des milices pour mater les populations...

Analyse de Hocham Daoud, antropologue au CNRS.
26/10/2019 - par RFI Écouter
■ Reportage au sein de la contestation à Bagdad

Avec notre correspondante à Bagdad,Lucile Wassermann

À Bagdad, mais aussi et surtout dans le sud du pays, de nombreuses confrontations ont lieu autour des bureaux de partis politiques ou des QG de groupes armés. Il s’agit du deuxième mouvement de contestation ce mois-ci. Les premières manifestations au début du mois avaient fait plus de 150 morts déjà.

La colère ne redescend pas à Bagdad. Aux abords de la place Tahrir, des manifestants font face à des dizaines de forces de sécurité. Ils tentent d'accéder à la Zone verte, où se trouvent les institutions politiques, comme l'explique Haider, la trentaine, une casquette vissée sur la tête : « On essaye de passer derrière les forces de sécurité pour prendre le contrôle de la Zone verte. On veut renverser le gouvernement et demander nos droits légitimes ! »

Ces protestataires dénoncent la gestion des manifestations. Depuis samedi, de nombreux tirs de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes sont lancés en direction des manifestants.

Haider en a été directement témoin ce samedi, dit-il : « Les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, pas en direction de nos pieds, mais directement vers nos visages. Si ça touche notre tête ça nous tue ! » Ces grenades ont retenti jusque tard dans la soirée ce samedi à Bagdad.

De l'autre côté de la ville, d'immenses blocs de béton ont été réinstallés autour de la Zone verte, et les rues alentour ont été bloquées à la circulation.

C'est la première fois depuis 2003 que nous avons des révoltes continues depuis un mois, contre un pouvoir chiite...

Analyse de Hocham Daoud, antropologue au CNRS.

Avec RFI