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Présidentielle en Bolivie: «l'appui le plus faible jamais reçu» par Morales

AFRIQUE & MONDE  /  21 Oct 2019

Une situation inédite se présente pour le président bolivien Evo Morales qui brigue un quatrième mandat. Ilse trouve en ballottage au premier tour avec 45,28% des votes contre 38,16% pour son rival, le centriste Carlos Mesa. Les résultats sont encore partiels, car le tribunal suprême électoral a suspendu sa communication le 20 octobre au soir. Anne Verdaguer a demandé à Hugo José Suarez, sociologue bolivien, professeur à l’Université du Mexique (UNAM), d’analyser le scrutin.

RFI : Est-ce que l’on se dirige bien vers un second tour dans cette élection présidentielle ?

Hugo José Suarez : D’après les données dont nous disposons, on dirait que oui. Il est difficile de s’imaginer que les résultats changent encore. À l’heure où nous parlons, il est 7h en Bolivie, et il n’y a pas encore de résultats définitifs annoncés par l’institution électorale. Le comptage s’est arrêté à 22h hier soir, heure locale. Pour l’instant, il n’y a pas de communication officielle. Mais c’est le scénario du second tour qui domine les discussions politiques de ce matin.

Evo Morales est contraint d’aller au second tour. Est-ce un revers pour le président ?

Oui absolument. Même s’il gagne à la fin, c’est l’appui le plus faible qu’il ait jamais reçu. C’est le pire résultat de toutes les élections présidentielles. Ce qui montre clairement que sa popularité a chuté.

Pourquoi les électeurs ont-ils voulu sanctionner Evo Morales ?

Il y a au moins trois raisons, à mon avis. La première concerne le référendum de 2016, qu’il avait perdu. Il voulait faire changer la Constitution pour lui permettre de briguer un quatrième mandat. Le « non » s'était imposé nettement, avec 51% des voix. Mais un peu plus tard, il a utilisé une stratégie contestée pour arriver finalement à son objectif.[La Cour constitutionnelle l'a autorisé à se présenter pour un nouveau mandat, au motif, jugé très discutable par les analystes, que sa candidature relevait de son droit humain]. Le président a été très critiqué pour cette manoeuvre politicienne.

Ensuite il y a le problème de la corruption qui a touché le gouvernement. Le président a été aussi confronté à des défis environnementaux avec d’immenses incendies de forêt [qui ont ravagé en août et septembre dernier une zone presque de la taille de la Suisse. Les défenseurs de l'environnement mettent en cause une récente loi autorisant une augmentation de 5 à 20 hectares de la déforestation par brûlis]. La réaction des autorités n’a pas été très efficace.

Et puis, on observe aussi une tendance vers un abus de pouvoir avec le contrôle des médias, de la justice, etc. Cela est perçu d’une manière très négative par la population qui s’est donc exprimée par la voix des urnes. Et on peut dire qu’une majorité de Boliviens ne souhaite pas qu’Evo Morales reste au pouvoir.

Pensez-vous qu’avec ce qui se passe actuellement au Chili, il y a un risque de contagion ? La population bolivienne pourrait-elle aussi se soulever entre les deux tours ?

Non, je ne pense pas. Car le cas du Chili est très différent. Si vous faites un bilan du gouvernement d’Evo Morales, il faut aussi mettre des choses positives dans la balance. La Bolivie, ce n’est pas le Chili, l’Équateur ou le Brésil. L’économie marche plutôt bien. La distribution sociale et la lutte contre les inégalités produisent des résultats positifs. Il faut noter l’émergence d’une classe moyenne et l’intégration des classes dites « populaires » dans la vie politique et publique. Mais étant donné le scénario d’un second tour, on verra si la confrontation politique s’accentue et la division entre le gouvernement et l’opposition se renforce. Ou si, au contraire, le processus inhérent à toute démocratie prend le dessus, à savoir, la conclusion des accords entre des groupes différents, des accords indispensables pour parvenir à une bonne gouvernance.

Avec RFI