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En Guinée, "le taux de surpeuplement des prisons atteint 500%", selon un expert

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En Guinée le taux de surpeuplement des prisons atteint 500%, a révélé mardi Honba Dieudonné, expert en réinsertion socio-professionnel des détenus, lors d'une table ronde sur la problématique des prisons guinéennes.

Sur financement de l'Union européenne d'une enveloppe de 20 millions d'euros pour la réforme du secteur de la justice en Guinée, un groupe d'experts a mené récemment une étude sur la réinsertion socio-professionnelle des détenus.

Dans cette étude, il a été noté que les défis en terme de gestion et de fonctionnement des établissements pénitenciers (prisons, maisons centrales, centre de détention) sont énormes et complexes.

De nos jours, le pays compte 33 pénitenciers inégalement répartis sur l'ensemble du territoire national dans lesquels, il n'existe pas d'activités de réinsertion des détenus en général, encore moins en faveur des mineurs et des femmes.

Honba Dieudonné a précisé que l'effectif total des détenus pour l'ensemble des prisons de Guinée est estimé à 3.500 personnes alors que le nombre de mineurs incarcérés est estimé à 150, soit 5% et les femmes 3% sur la population carcérale totale.

Selon l'étude, plus de 70% des cas de mineurs sont des multirécidivistes. La situation de réinsertion sociale et professionnelle des détenus est plus accentuée chez les mineurs et les femmes. Les mineurs sont en général des enfants de la rue, des désoeuvrés ou des débrouillards dans le secteur informel.

"Toutes les prisons guinéens sont concernées par la surpopulations carcérales", a affirmé l'expert pour qui cette situation est à la base de l'insécurité interne et externe des prisons.

Au cours de la rencontre des experts, le chef de cabinet du ministère Guinéen de la Justice Mohamed Koly Camara a précisé que "le plus gros problème de nos prisons reste la surpopulation carcérale".

Par ailleurs, il a aussi rappelé que le taux de récidive reste très élevé dans les prisons guinéennes, particulièrement chez les mineurs, faute d'une véritable politique de réinsertion des anciens détenus.

"La récidive et l'oisiveté sont deux maux qui affectent moralement et physiquement les personnes privées de libertés", a déploré M. Camara, avant d'ajouter que cette récidive est causée par l'absence d'activités de réinsertion au sein des prisons.

Les solutions préconisés par les experts dans l'étude est la poursuite des reformes axées sur l'amélioration du cadre de vie dans les prisons, ainsi que la construction et l'équipement des centres de détention, afin de faciliter l'apprentissage des métiers par les personnes en conflits avec la loi. Toute chose qui pourrait aboutir à une réinsertion socioprofessionnelle réussir des anciens détenus, désormais libres.

Avec Xinhua

A propos de la lâchété, la crruption des magistrats et de l'enfer dans les prisons guinéennes

Dans un document adressé à Guineematin.com, le président des « Démocrates guinéens » relate ses conditions de détention, la corruption des magistrats et avocats ; également Abdourahmane Bakayoko décrit aux lecteurs de Guineematin.com la particulièrement dure vie des détenus guinéens… Des fous en prison, vente et consommation de la drogue, malnutrition, injustice de toute sorte, etc.

Ci-dessous, Guineematin.com vous propose in extenso la lettre du prisonnier politique, Abdourahmane Bakayoko, président des « Démocrates guinéens » :

En prison, je vois de très nombreuses actions lâches

J’ai vu des procureurs et juges ‘’corrompus’’ réclamer de l’argent à des prévenus pour les blanchir et les libérer.

J’ai vu des condamnés payer de l’argent à des magistrats et sortir de prison avant de purger leurs peines.

J’ai vu des avocats réclamer à leurs clients des montants pour le juge et d’autres montants pour le procureur pour acheter leur liberté.

J’ai vu des détenus pour des dettes, sans papiers, sans témoin et non reconnus.

J’ai vu des détenus pour des menaces de mort sans la moindre preuve.

J’ai vu des magistrats qui ont des talents pour transformer la vérité en mensonge, le mensonge en vérité pour des pots de vain.

J’ai compris qu’en Guinée, les détenus sont des marchandises des magistrats.

J’ai vu de nombreux jeunes et enfants envoyés en prison par leurs papas ou leurs mamans.

J’ai vu beaucoup de fous en prison.

J’ai vu beaucoup de drogue à prix cadeau (500 GNF) en prison.

J’ai vu des détenus presqu’en squelettes, rongés par la malnutrition et les maladies et maintenus en vie par une dose de biscuits médicalisés offerts par le CICR.

J’ai vu des magistrats incarcérer des citoyens non accusés à la place de leurs parents accusés et disparus.

J’ai vu des prévenus qui ont fait plus de 10 ans en prison.

J’ai vu des prévenus qui ont purgé voir doublé la peine maximale infligée à leur supposée forfaiture par le code pénal.


J’ai vu que les gardes pénitentiaires ont des salaires de misère (moins de 100 dollars par mois). Contrairement à la police, à la gendarmerie et à l’armée, la garde pénitentiaire ne reçoit pas de ration alimentaire et est même obligée d’acheter elle-même sa tenue.

J’ai vu que la garde pénitentiaire n’a même pas de statut.

Le procureur de Labé a envoyé son substitut dans ma famille prendre 150.000 GNF pour payer le transport d’un papier me concernant que le procureur général lui aurait demandé d’envoyer à Conakry.

En dénonçant ce système, je sais que c’est une boîte de pandore que j’ouvre, qui pourrait me coûter la vie ou de nombreuses années de prison.

Nelson Mandela a fait plus de 25 ans de prison pour une cause juste, je suis prêt à en faire autant pour également une cause juste.

Un voyage de 100.000 km doit commencer par un seul pas. Je viens de faire le tout premier pas vers la justice réelle en Guinée. Si on me tue tout de suite, je suis convaincu que les futures générations vont poursuivre et achever mon combat. En lançant notre parti politique en octobre 2012, je me suis engagé à donner ma vie à la nation guinéenne. Aujourd’hui, je réitère cet engagement.

Je me demande pourquoi grand-père Alpha Condé n’a pas dénoncé ce système quand il est sorti de prison et pourquoi il n’a pas changé tout cela quand il est devenu ce qu’il appelle : « Premier président démocratiquement élu ».

Et pour le moment, je suis en prison et je continue à observer la prison, les prisonniers, les magistrats et les avocats.

Conakry le 20 décembre 2014

Abdourahmane Bakayoko

Président des Démocrates guinéens

Avec Guinée Matin