conakrytime

Discours du Président Guillaume SORO après le OUI des députés au projet de nouvelle constitution ivoirienne

LES PLUS POPULAIRES  /  17 Oct 2016

« Allez le cœur en paix, l'âme aussi en paix

d'avoir contribué à stabiliser notre pays »

Après avoir conduit les travaux de délibérations de la plénière qui ont conduit à l'adoption de l'avant-projet de loi de la nouvelle constitution le mardi 11 octobre 2016, le Président Guillaume SORO a tenu à faire une intervention. Adresse à travers laquelle il a félicité ses collègues députés pour avoir fait le bon choix, par un oui massif en faveur de ce texte fondateur. Mais avant de lever la séance, le Chef du parlement a également tenu à situer les grands enjeux politiques et sociaux de l'acte que viennent de poser les élus en adoptant cette loi fondamentale, dont lui-même, a-t-il indiqué, a eu l'honneur d'être associé par le Président de la République à toutes les étapes de sa mise en forme.

« Je voudrais vous dire que grande est notre satisfaction, et nous avons le sentiment du devoir accompli. Je voudrais dire merci à mes collègues députés. Leur dire également que tout ce qui est dans ce projet de constitution ne m'est pas étranger. Effectivement, rien dans de ce projet de constitution ne m'est étranger.

Le Président de la République lui-même, m'ayant fait confiance, quand il a décidé de procéder à l'écriture d'une nouvelle constitution, si je n'ai été, peut-être pas le premier, mais certainement le deuxième à qui le Président de la République a confié son intention, sa vison, sa philosophie sur ce texte constitutionnel.

C'est pourquoi, il est important de savoir que la constitution, la loi fondamentale d'un pays qui, quasiment est comme l'ADN de ce pays, ne peut être comprise que dans la lettre et dans l'esprit, que si on a la vision et la philosophie de celui qui en est l'initiateur. En l'espèce, le Président de la République.

Je m'en vais vous dire que bénéficiant de ce privilège fortement apprécié, j'ai été à ses côtés pour co-penser, réfléchir l'actuelle constitution.

Si vous observez avec pertinence et vigilance ce qui ressort de la philosophie du Président de la République, sa constance permanente, au fil des différents articles de la Constitution, c'est la stabilité de la Côte d'Ivoire que le Président voudra rechercher.

C'est pourquoi, quand il est question de la création d'une vice- Présidence pour éviter les écueils dus à l'obligation faite au dauphin constitutionnel d'organiser des élections en 90 jours comme dans certains pays voisins, cela donne la possibilité dans la continuité de l'Etat de préserver la stabilité.

Je dis encore, quand on n’a pas la vision du Chef de l'Etat sur la constitution, certaines questions peuvent paraître surprenantes.

Chers collègues, prenons la question de la vice-présidence. Après le vice-président, c'est indiqué dans le projet de constitution, que ce sera au Premier ministre d'assumer la vacance. En réalité, ceci n'est pas surprenant. Puisque l'objectif recherché par le Président, c'est la réorganisation du pouvoir, pouvoir après pouvoir.

L'exécutif qui est un pouvoir et qui a pour Chef le Président de la République, le vice-président. Et c'est un échange que j'ai eu avec le Président. S’il advenait que quelqu'un qui n'est pas au quotidien de la gestion des dossiers de l'Etat, de l'exécutif, devait assurer la vacance, il est évident, comme un cheveu sur la soupe, il pourrait se retrouver surpris des grands enjeux de l'exécutif.

Mais que le Premier ministre assure la vacance du pouvoir, le vice-président n'est pas quelque chose de nouveau, puisque dans un régime présidentiel, comme aux États-Unis, après le Président de la République, c'est le vice-président, celui qui assure la vacance, c'est bien le secrétaire d'Etat et non le Président du congrès.

Comme en Afrique du Sud, s'il y a vacance, et du Président et du vice-président, il revient à un ministre d'assumer la vacance du pouvoir.

C'est pourquoi, nous députés, je pense que ce que nous devions faire, que nous venons de faire, c'est de bien comprendre la philosophie, la vision et le choix du Président de la République. Qui, je le dis encore et je le répète, veut pour la Côte d’Ivoire la stabilité.

Ceci est perçu aussi dans l'article qui stipule que le Président peut demeurer Président du parti. J'ai entendu certains dire que c'était une régression. Mais en réalité, la crise institutionnelle survenue en Afrique du Sud avec la démission précipitée du Président Tabo Mbeki qui n'a pas manqué de créer des tensions, est venue du fait qu'il était Président de la République sans être Président du parti.

Aujourd'hui, la stabilité revenue en Afrique du Sud résulte du fait que le Président Zuma est Président du parti l'ANC.

Comme je l'ai dit, il faut voir toujours en toile de fond la recherche de la stabilité des institutions. La Côte d'Ivoire a souffert 25 ans durant de l'instabilité de l'Etat.

Et je crois que le Président de la République a eu le souci de laisser pour la postérité... Evidemment, aucune œuvre n'est parfaite, le Président de la République est le premier à dire que la constitution que nous proposons n'est pas parfaite.

C'est pourquoi, et vous l'aurez remarqué que les conditions de révision de la constitution ont été assouplies pour permettre aux générations futures, aux prochains législateurs de faire les réformes sans contraintes majeures.

Parce que, de mon point de vue, si nous nous plaçons dans l'acceptation des thèses démocratiques, et même la dialectique, j'ai toujours été contre le fait qu'on puisse interdire aux générations futures de changer. Qui nous investit, nous, aujourd'hui en ce temps précis, d'interdire et de dire aux autres que l'interdit est interdit ?

Je pense que l'assouplissement des conditions de révision de la constitution est plutôt une avancée démocratique parce qu'elle permettra aux autres, à la pratique de ce que nous avons là, de proposer des améliorations par voie parlementaire.

Si la 5ème république en France, constitution votée en 1958 survie jusqu'à ce jour, ce n'est pas parce que ce texte a été parfait. Mais c'est parce que les conditions de sa révision ont été simplifiées permettant même au parlement, justement, de procéder à la révision de certains articles.

C'est pourquoi, je pense qu'aujourd'hui, vous avez fait œuvre utile en soutenant l'avant-projet devenu projet de constitution.

Je pense que les députés n'avaient pas pour vocation de s'interposer et de constituer un obstacle supplémentaire au peuple, seul souverain pour se prononcer sur ce projet de constitution.

Certains ont pu critiquer l'approche que le Président a adoptée en mettant en place un comité d'experts. Mais en la matière, tous les juristes vous diront qu'il n'y a pas qu'une voie unique pour rédiger une nouvelle constitution. Il a plu au Président de choisir cette procédure pour aller plus rapidement. Mais en même temps, il y a une double légitimité à cette constitution, puisqu'il y a un parlement qui vient de voter au 2/3.

Et ce sera au peuple… seul le peuple en dernier ressort décidera du sort de cette constitution. Pour ma part, je me réjouis et je félicite tous les députés qui, depuis une semaine, ont travaillé d'arrache-pied parce que le temps nous était compté pour que nous aboutissions à ce vote plus qu'honorable.

Merci mesdames et messieurs les députés, allez le cœur en paix, l'âme aussi en paix d'avoir contribué à stabiliser notre pays. Je vous remercie la séance est levée ».

Propos recueillis et retranscrits par Maiga Idrissa

Guillaumesoro.ci