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Les Etats-Unis mettent en garde Alpha Condé et son «dangereux 3ème mandat» et rappellent qu'ils le «surveillent de très près»

GUINÉE  /  17 Jan 2020

Pour ou contre un éventuel troisième mandat d’Alpha Condé en Guinée ? Tibor Nagy, le «Monsieur Afrique» de Donald Trump, ne répond pas pour l’instant. Mais il a «un problème» avec «les dirigeants [qui] changent de Constitution uniquement pour se maintenir en place».

Il a répondu aux questions de Christophe Boisbouvier

Voici un pan de cette interview à propos de la réforme constitutionnelle en Guinée.

En Guinée Conakry, le président veut soumettre le projet d’une nouvelle constitution à référendum. Cela pourrait lui permettre de se représenter à un troisième mandat. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Cela me touche aussi personnellement, car je connais le président Alpha Condé depuis des décennies. Depuis l’époque où il était prisonnier politique.

Vous étiez des amis…

Nous considérons que chaque pays a le droit de décider quel est son système politique et quelle est sa Constitution. Dans notre propre histoire, nous avons un président qui a fait quatre mandats, puis nous avons limité à deux mandats. C’est une chose de modifier sa Constitution en donnant la parole au peuple et en suivant un processus clair. Mais là où nous avons un problème, c’est quand les dirigeants changent une Constitution uniquement pour se maintenir en place.

Est-ce le cas aujourd’hui en Guinée ?

Je ne sais pas. Nous surveillons cela de très près. Il y a eu des évènements très inquiétants, avec des violences, des manifestations violentes et une répression violente. Notre ambassadeur est très impliqué et, à Washington, on regarde également cela de très près.

Il y a quelques jours, le ministre français des Affaires étrangères a déclaré : « Une réforme de la Constitution guinéenne ne nous paraît pas être obligatoirement partagée, ni par sa population ni par les voisins de l’État guinéen ».

On dit exactement la même chose. Le peuple de Guinée est le fondement de la souveraineté nationale et du pouvoir d’État. Si le processus est soutenu par le peuple, alors il est acceptable. S’il ne l’est pas ou s’il est manipulé, alors il n’est pas approprié. Dans ma position, il est très inconfortable de dire : ceci peut avoir lieu ou pas, ceci est bien ou mal. Car au bout du bout, ce n’est pas aux autres pays ou à quiconque d’autre de décider, c’est au peuple. Le pouvoir doit rester au peuple.

JEAN YVES LE DRIAN : « L’ENGAGEMENT DU PRÉSIDENT ALPHA CONDÉ…NE NOUS PARAÎT PAS ÊTRE OBLIGATOIREMENT PARTAGÉ NI PAR SA POPULATION NI PAR SES VOISINS »

La France est « particulièrement » préoccupée par les violences politiques en Guinée, où le projet de troisième mandat prêté au président Alpha Condé est très contesté, et appelle à « l’apaisement » dans ce pays, a déclaré mardi le chef de la diplomatie française.


« Nous sommes aujourd’hui particulièrement soucieux de la situation en Guinée et nous appelons à l’apaisement », a relevé Jean-Yves Le Drian lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale. « Nous sommes très attentifs avec nos partenaires à l’apaisement en Guinée », a ajouté le ministre français des Affaires étrangères.

« C’est la situation la plus sensible aujourd’hui (dans la région) et l’engagement du président Alpha Condé à demander une réforme de la Constitution ne nous paraît pas être obligatoirement partagé ni par sa population ni par ses voisins », a-t-il souligné.

L’opposition en Guinée est convaincue qu’Alpha Condé, élu en 2010 et réélu en 2015, entend se représenter fin 2020 alors que la Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

Elle a été confortée dans ses craintes en décembre quand M. Condé, 81 ans, a indiqué qu’il comptait soumettre aux Guinéens un projet de nouvelle Constitution, même s’il ne s’est pas exprimé sur ses intentions personnelles.

Au moins 23 civils et un gendarme ont trouvé la mort dans ce contexte depuis la mi-octobre et le début d’une protestation à plusieurs reprises durement réprimée par les services de sécurité.

Le mouvement est monté d’un cran lundi avec le lancement par l’opposition d’une mobilisation « massive » et « illimitée ».

Trois personnes ont été tuées depuis dans les violences politiques.

Deux commissariats ont aussi été saccagés mardi à Pita, à 200 km de la capitale, Conakry.

Avec RFI et AFP