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Débat référendaire: le silence compréhensible de Hadja Rabiatou Sérah Diallo (Par Fodé Oumar Diawara)

GUINÉE  /  24 Jun 2019

C’est un principe universel qui contraint chaque grand commis de l’État, dans l’exercice de ses fonctions, de faire preuve de réserve et de mesure dans l’expression de ses opinions personnelles sur un sujet qui pourrait affecter de manière considérable l’opinion publique.

Face au débat portant sur l’adoption d’une éventuelle nouvelle constitution, essentiellement basé sur l’émotion et des supputations, une certaine catégorie de citoyens pousse le bouchon de trop et parfois même ignorant fondamentalement le principe de la neutralité constitutionnelle des membres de certaines institutions républicaines. D’une manière démocratiquement inamicale, qui ne correspond ni à la culture ni au principe du jeu démocratique, l’opinion veut savoir dans quel camp se situe Hadja Rabiatou Serah Diallo sur ce débat constitutionnel en cours.

Bien que très absente dans le débat public depuis plusieurs années, non pas pour le privilège et encore moins le prestige institutionnel, mais par principe et sagesse, aujourd’hui, l’opinion veut sortir dame Rabiatou Serah Diallo de son silence pour l’amener à se prononcer sur une question très brulante de l’heure.

Entre parler pour satisfaire ou se taire pour subir

Connue pour son sens de l’engagement et de son inestimable apport dans le cadre de l’instauration d’un État de droit en Guinée, de la lutte syndicale sous le régime de feu président, général Lansana Conté, en passant par son engagement républicain à la tête du Conseil national de transition (CNT), organe législatif d’exception qui a permis au pays de sortir de la transition militaire, et de nos jours présidente du Conseil économique et social, dame Rabiatou a marqué du sceau de son empreinte, l’histoire socio-politique du pays de ces vingt dernières années. Icône de la lutte syndicale et grande héroïne de l’encrage démocratique, le silence de Hadja Rabiatou Serah Diallo face au débat politique en cours est triplement compréhensible et ne souffre d’aucune ambivalence.

Primo : le sujet portant sur une prétendue volonté du président de la République, Pr Alpha Condé, de vouloir mettre en place une nouvelle constitution, ne repose que sur des spéculations et des affabulations. Car, à date, le Chef de l’Etat, n’a jamais dit clairement ses intentions. C’est un mystérieux flou qui est entretenu malgré, l’impossibilité pour lui de briguer un troisième autre mandat, conformément aux articles 27 et 154 de la constitution guinéenne.

Secondo : c’est tout à fait légitime pour l’opinion de s’interroger sur la position de Hadja Rabiatou Serah Diallo face à la tempête constitutionnelle qui fait débat dans le pays malgré l’impertinence du sujet. Mais très malheureusement, le poste qu’elle occupe ne lui permet pas d’exprimer ses opinions personnelles au risque d’affecter la bonne marche de l’institution qu’elle dirige. Elle est soumise à trois contraintes majeures : la séparation des pouvoirs, le caractère consultatif du Conseil économique et social sur des questions économiques et sociales et l’obligation de réserve sur des débats politiques.

Tertio : on verse purement dans l’amalgame. Pourquoi faire un trait entre l’existant et l’inexistant? Ni le gouvernement, ni la classe politique ni l’Assemblée nationale encore moins le citoyen lambda n’a vu un quelconque projet de nouvelle constitution. On tire sur des fibres émotionnelles qui ne tiennent à rien absolument. En prenant la parole, que changerait Hadja Rabiatou Sérah Diallo dans le débat public? Son avis, soit pour le OUI ou le NON à une nouvelle constitution, ne serait-il pas la goutte d’eau qui fera déborder le vase, quid à radicaliser les positions ou à conduire à l’instabilité?

Derrière ce silence, faut-il voir le péril ou la nécessité ? Ne sommes-nous pas en train de chercher des poux sur un crâne rasé ?

Il faut jouer à la carte de la prudence et de la maîtrise de soi pour le bonheur de tous et de chacun. Car vouloir bâtir la République sur la surenchère, c’est construire un château sur du sable mouvant.

D’une manière ou d’une autre, Hadja Rabiatou Serah Diallo a fait et continue de faire son devoir républicain. Et elle reste et demeure une mémoire intangible dans la lutte pour l’avènement de la démocratie en Guinée.

À bon entendeur, salut!

Par Fodé Oumar Diawara